Les pilleurs de sable et autres agrégats (tout venant, pierre ronde) renouent avec leur sale besogne après une relative pause. Profitant du regain d’activité de l’oued Amarigh cet automne, secondaire aux dernières averses orageuses ayant alterné durant les mois de septembre et octobre, ils refont leur apparition sur le talweg. Les visiteurs s’invitent non loin du pont ferroviaire de Béni Mansour, en surplomb à l’oued, munis des pioches et des pelles avec lesquelles ils croient pouvoir opérer en discrétion, sans être inquiétés outre mesure. Parfois, ils ne ramènent le tracteur sur le site où ils font l’extraction de sable qu’au dernier moment, pour ne pas se laisser trahir par le vrombissement du moteur. Certains, par contre, par souci de remplir leur remorque sans tarder, font venir le tracteur dès le début de la chasse à ce précieux trésor. Leur point commun à tous, c’est d’empocher l’argent des clients auxquels ils ne révéleront jamais avoir ramené le sable livré de cet oued dont la forte teneur en sel lui vaut justement d’être appelé oued Amarigh (du kabyle, salé). Ces braconniers du sable ne se soucient guère du produit à fournir qu’ils savent néfaste et la pire qualité dans toute la gamme des sables existant sur le marché. Explication: ce produit qui n’a de matériau de construction que le nom, ne peut être utilisé pour réaliser une plate-forme, une dalle ou des finitions en raison des fissures béantes qu’il provoque sur le bâti. Et pourtant dans ce marché de dupes en vogue, il est tout de même vendu sans état d’âme au même prix que les sables de bien meilleure qualité, extraits industriellement en milieu non salé et lavé avant d’être commercialisés par les sablières. Une cargaison de semi-remorque leur rapporte entre
30 000 et 35 000 DA lorsqu’ils osent ainsi tromper sans vergogne les nombreux clients qui s’impatientent au centre du pays.
Comme le lit de rivière pose d’énormes difficultés d’accès pour les camions de gros tonnage, on sollicite les « bons offices » des exploitants de tracteurs qui sont ainsi chargés d’acheminer toute la quantité de sable qui suffira à remplir l’énorme benne du semi-remorque qui sera, au final, affrété à prix d’or vers des destinations lointaines pour approvisionner notamment l’énorme chantier de bâtiment de Boumerdès et les environs. Ces imposteurs multiplient ainsi leurs revenus. Bref, le business de sable semble prospérer, et entre l’oued Amarigh et son affluent le Sahel, les chantiers de sable poussent comme des champignons. Il faut dire aussi qu’une partie de ce produit salé qui ne peut, en aucun cas, donner naissance à un béton répondant aux normes requises, est utilisé dans des chantiers occultes où les entreprises réalisatrices ne semblent pas trop se soucier des contrôles susceptibles de les compromettre. Est-ce que tous les chantiers sont soumis à des contrôles susceptibles de révéler des déficiences liées à des inadéquations des matériaux utilisés ? Ce sable va en partie servir à faire le béton d’une faune de trottoirs devenus ces derniers temps les projets de proximité les plus convoités et qui engloutissent la part du lion des budgets des communes les plus en proie au sous-développement.
Ce qui est plus grave, c’est de voir ces pilleurs narguer les lois de la république et pousser même la barre jusqu’à, par exemple, oser creuser les entrailles de l’oued jusqu’aux abords des fragiles piliers vétustes d’un pont ferroviaire colonial de tout temps malmené par les crues. Sans scrupules, ils ne se gênent pas outre mesure à assécher les alluvions de cette rivière. Jusqu’à quand la mise à mort de l’écosystème continuera-t-elle à se faire dans l’impunité ?
Z. F.
