»Encourager l’apprentissage du kabyle »

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La Dépêche de Kabylie : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à un poète qui est moins connu que ceux auxquels nous ont habitués les chercheurs dans ce domaine, à savoir L’hadj Arezki Haouche ?

Mohand ou Ramdane Larab : Lorsque je produisais l’émission littéraire à la radio Chaîne II, je recevais pas mal de textes de poésie des poètes méconnus entre autres, L’hadj Arezki Ouhaouache. J’ai organisée des émissions en invitant son petit fils Mouloud Haouche,(le 18 février 2000), détendeur d’une partie de l’œuvre du poète, légué par son père Tahar, et une émission spéciale le 27 octobre 2000. Durant mon passage de trois années de 2001 à 2004 en qualité de membre de la COPA, (Commission des œuvres du patrimoine amazigh), structure de l’Office national de droits d’auteurs-ONDA, présidée par Rabah Guerroudj, j’ai réalisé un premier travail sur le poète( étude versée aux travaux de la commission). J’ai aussi travaillé sur d’autres contemporains de L’hadj Arezki Haouche. C’est à partir de là, que j’ai décidé de réaliser un recueil pour sauvegarder l’œuvre et rendre à César ce qui appartient à César. Le poète a été spolié de ses œuvres par les différents auteurs durant le siècle dernier. Enfin ce n’est que justice, si aujourd’hui le poète L’hadj Arezki à été réhabilité et son œuvre sauvée de l’oubli.

Comment faites-vous pour réunir les poèmes qui sont bien souvent mal conservés?

La collecte des pièces de poésies est un travail de longue haleine qui nécessite de la patience et de la persévérance, car ce n’est pas toujours évident d’identifier l’œuvre de l’auteur, la majeure partie des œuvres ayant été déclamées, ou réalisées le siècle dernier, de ce fait il est rare de trouver les contemporains des auteurs. Dans certains cas, l’entourage familial est complice et là, les œuvres sont sauvegardées au sein de la famille, surtout quand il s’agit de poésie religieuse. Ou bien chez les amateurs de la poésie : poésie sentimentales – d’amour, chez les jeunes villageois, poésie religieuse, chez les khouans ou les condisciples des zaouïas. Les travaux de recherche sont parfois difficiles, vu la pauvreté du fonds documentaire au sein des bibliothèques, dans le domaine de la littérature orale amazighe. Le risque d’erreur ne doit pas être négligé, puisqu’il s’agit d’une mémoire collective orale appelée à être travestie au fil des années, soit par les utilisateurs de cette langue ou d’une localité à une autre, avec toute leurs variétés linguistiques.

Comment parvenez-vous à savoir que tel poème appartient à tel poète et non à tel autre?

La sélection et le tri des textes se fait après les analyses et études de ces derniers, selon les sources, le thème, l’époque, le message contenu. Quand la source est écrite, il est facile de remonter et d’identifier l’auteur. Quand la source est orale, il y a toujours des présomptions d’erreurs, mais dans ce cas, le premier objectif est de sauver l’œuvre de l’oubli, Mouloud Mammeri disait : « Il faut happer les dernières volontés avant que la mort ne les happe ».

Vous avez écrit des livres sur quatre poètes kabyles. Si vous avez à les comparer, que diriez-vous?

Comparer les poètes kabyles qui ont vécu à la même époque n’est pas chose facile car chacun a laissé son empreinte dans la littérature orale kabyle. Cheikh Mohand ou Lhocine,le sage, est une sommité de la kabylité, (d assales n teqbaylit ), Si Mohand Ou M’hend,le barde,Lhadj Arezki Ouhaouche, un contemporain de cette époque où la Kabylie était sous le joug colonial, Lhocine n Adni est un poète méconnu des At Yiraten.

Pourquoi ne retrouve-t-on pas des traductions en français des poèmes kabyles dans vos livres comme nous ont habitués vos prédécesseurs ?

Le non accompagnement des textes originaux par des traductions en langue française, est une démarche à double avantage, primo permettre aux lecteurs de faire des efforts pour apprendre la langue kabyle, secundo, réduire le coût de réalisation de l’œuvre, afin de permettre à l’éditeur de prendre en charge plusieurs titres durant l’année, et permettre aux jeunes auteurs d’être publiés. Par contre pour les publications techniques, je le ferai sans complexes. C’est le cas du Lexique Economique ( Français – Tamazight -Arabe), Lexique Scolaire (Anglais – Français – Tamazight – Arabe), Plan Comptable National – PCN ( Français – Tamazight – Arabe), travaux en projet d’édition. Je remercie mes éditeurs Hamid Mezaoui et Mohand Boukhtouche, pour les efforts déployés, afin que ce recueil soit sur les étalages des librairies.

Entretien réalisé par Aomar Mohellebi

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