Pauvres riches

En feuilletant un quotidien national, un jeune a fait de sorte à remercier la classe pauvre de donner l’occasion aux riches de s’enrichir. Je vais par contre à mon tour remercier la pauvre classe, les riches bourgeois survenus de je ne sais d’où, quand, et surtout comment ? Merci à vous les arrivistes prétentieux du premier rang, avec lesquels nous avons échangé juste nos positions dans le vice et versa, merci les pauvres riches et malheureuses personnes dont l’ignorance et l’incompétence font votre imperfection, merci de votre jalousie quand à notre mode de vie simple et limpide, merci de votre envie quand à la guerre et à la guéguerre que nous menons quotidiennement pour avoir droit aux péripéties et aventures de la vie et de notre destinée.

Merci pauvres riches d’habiter les forteresses et les manoirs pour nous, et nous permettre de stationner tous bas dans nos huttes, et comme ça à chaque fois que nous implorons Dieu le Clément en levant bien sur la tête, nous sommes obligés de faire une virée par vous.

Merci ! Pauvres riches pour vos puissances invétérées, sans lesquelles nos plus faibles faiblesses n’ont pas de béquilles, merci pauvres riches de trouver vos apaisements dans les situations et les fortunes acquises malencontreusement sans provenance, et théoriquement sans effort, sans aucune règle morale, merci pauvres riches d’avoir cette arrogance vis à vis de notre naturel et spontanéité qui ne seraient pas là sans vous, merci pauvres riches de la vie compliquée pleine de spéculations de calculs et de morosité que vous menez sans laquelle, nous ne savourons le rien restitué du néant que nous apprécions, vénérons et même glorifions.

Merci pauvres riches d’idolâtrer l’argent, les fortunes et la vie somptueuse, sans laquelle la nôtre n’a ni valeur ni chaleur, merci d’être exigeants, maniaques et obsédés sinon, on ne serait pas libres, simples, sobres et modestes. Merci pauvres riches d’essayer d’atteindre sans cesse le sommet de la gloire et de la richesse, ce sommet qui permet d’être incontestablement vu d’un bas lieu, où nous y demeurons. Merci pauvres riches d’être tout le temps crispés, soucieux du mal être intérieur inexpliqué, pendant qu’on se rassasie du bien être atterri de ci de là, de ce rien du tout qui nous donne joie.

Merci pauvres riches d’être en vie, sans vous on ne connaîtrait nos valeurs humaines et nos richesses spirituelles que vous rêvez goûter ou tout simplement goûter si vous surveniez à en comprendre un brin.

F. Metref