L’Association « Espoir » n’a pas lésiné sur les moyens pour faire de la journée des handicapés une journée mémorable. Divers dons ont permis aux adhérents et particulièrement aux membres actifs de préparer des lots de cadeaux vestimentaires, des fauteuils roulants et des couvertures, le tout émanant de personnes charitables et qui ont été distribués au plus démunis des handicapés. Peut-on oublier le sourire béat de cet enfant, heureux de recevoir son fauteuil, fauteuil qui lui permettra désormais de se sentir plus libre de ses mouvements ? Comment exprimer la satisfaction de cette vieille femme qui avoue innocemment que « ça fait des siècles que je n’ai pas senti l’odeur d’une couverture neuve ! »
Les personnes présentes ont remarqué que la société a quelque peu oublié ses « handicapés » : que rien n’est fait pour leur faciliter la vie, l’on est arrivé jusqu’à oublier que leur handicap doit être pris en charge. Comment peut-on se permettre d’oublier que le bureau de monsieur le maire est inaccessible pour ceux qui ne peuvent escalader les escaliers ? Comment peut-on oublier que les différentes institutions activant au niveau de Mekla n’ont pas pensé à faciliter l’accès à leurs services, de la poste aux assurances, des écoles primaires aux collèges et lycées ? Faire du porte à porte permettrait peut-être de rappeler aux gens aisés que cette frange de la population a grandement besoin qu’on l’aide, considérant que les subventions tardent à pointer leurs nezs. La seule acquisition demeure à ce jour le petit bureau que les services communaux ont condescendu à mettre à la disposition de l’Association « Espoir » des handicapés de Mekla.
Il serait bien temps que l’on s’inquiète de ne plus « marginaliser » à ce point ceux qui revendiquent tout simplement ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme leur reconnaît à travers la Charte. Ce qui a été largement explicité par les conférenciers aux auditeurs venus nombreux, tout étonnés de se découvrir des « droits » auxquels chacun n’oublie jamais de rappeler les « devoirs » !
La psychologue activant au sein de la Maison de jeunes n’a pas manqué de rappeler que la société génère elle-même ce genre de comportement. Les parents aussi ont une grande part de responsabilité lorsque l’on constate que certains enfants se sentent « étrangers » au sein de leur propre famille car pour cette jeune psychologue qui a déjà un long parcours il faudrait impliquer non seulement les membres de la société, à savoir le milieu villageois et/ou citadin mais aussi le milieu familial, sans oublier la rue, « djemaâ » et la cité. L’école, elle aussi, ne demeure pas en reste, d’autant plus que l’enfant passe plus de temps en son sein qu’au sein de sa famille. Quand on compare le comportement de ceux qui vivent encore en milieu rural et de ceux qui vivent en milieu urbain, on constate que la différence de mentalité est flagrante. Il semble aussi que le conditonnement familial a de longs jours devant lui, surtout en ce qui concerne l’élément féminin, et ce en dépit de l’évolution de la société, de la famille et des individus. On a beau être instruit, éveillé et intelligent, les comportements perdurent et certains « tabous » continuent et continueront encore de régner même si « l’homme a déjà marché sur la lune » et projette encore des explorations encore plus ambitieuses ! En parallèle avec ces deux manifestations, le directeur a organisé une collecte de dessins de jeunes, en rapport avec les droits des handicapés et des droits de l’homme. Le dessin qui a retenu le plus l’attention demeure celui où un « poing ferme se dresse face à la société », dans un jeu de couleurs chatoyants où le rose rivalise avec le rouge. Cependant, une représentation de l’avenir telle que vu par le dessinateur tranche avec le reste. Image représentant la jeunesse face à son destin, image inscrite dans un décor sombre et gris à la fois, image symbolisée par une corde pendant à un arbre rabougri, corde ressemblant étrangement à une cravate ! Interrogé, le jeune a déclaré simplement : « Ma main a obéi à mon cœur et mes yeux n’ont pas dirigé mon crayon. Je ne sais même pas pourquoi cette corde ne ressemble pas à… une corde ». La main du dessinateur ! Est-ce la main du destin ? Est-ce le cœur qui a parlé ? Le « poing dressé » demeure un espoir de la résistance de la jeunesse à l’adversité.
Sofiane Mecherri
