Quand l’artisanat perd cette consécration !

Le secteur artisanal était jadis la plus grande entreprise de Kabylie ! Est-ce le cas aujourd’hui ? Beaucoup sont tentés de le croire, beaucoup aussi estiment que l’artisanat a perdu, hélas, cette consécration. La disparition de la fête de la poterie à Maâtkas et l’incertitude autour de la pérennité des deux autres fêtes d’arts traditionnels, à savoir celle des bijoux aux Aths Yenni et celle du tapis d’Ait Hichem laissent présager un sérieux doute quant à la volonté de relancer ce secteur pourtant fort névralgique pour bon nombre de localités. Ainsi potiers, couturiers, tisserands, forgerons, vanniers sont tous aux abois… ils sont portant aussi nombreux que diversifiés ces métiers artisanaux qu’on dit « petits », qui se pratiquent à domicile et par lesquels des familles arrivent cahin-caha à subvenir à leurs besoins. En effet, touchant plus particulièrement les femmes et les retraités, ces créneaux créateurs de richesses et d’emploi méritent plus d’égard, toutes les considérations. A travers les villages et les hameaux de la Kabylie, on trouve ces petites gens qui excellent dans l’art et le doigté. la robe kabyle, qui est de loin l’activité la plus prisée par la gent féminine, est incontestablement en tête des activités.

Elle a déjà inspiré pas mal de peinture, poètes et autres artistes et ne cesse encore de se manifester, surtout avec tout l’apport des nouvelles techniques de la couture moderne. Portée autrefois uniquement pas les femmes kabyles, elle est aujourd’hui la préférée des Algériennes, particulièrement durant les fêtes, dit-on. Sa notoriété a dépassé nos frontières, surtout en Afrique du Nord où elle a gagné beaucoup de terrain de par son originalité, ses couleurs et ses contrastes.

A Maâtkas, certains jeunes en ont fait un excellent créneau, gérant de réelles micro-entreprises donnant une excellente opportunité pour les dizaines de filles de travailler à domicile. En proposant des rémunérations allant de 50 à 150 dinars pour la couture d’une robe, en leur fournissant tissus et dentelles, ces jeunes promoteurs arrivent à écouler leurs marchandises à travers toutes les wilayas du centre et quelquefois même en Oranie.

Dans la région de Maâtkas, la coutume traditionnelle a même pu surclasser la poterie en matière de production pour la simple raison que ce dernier art traditionnel n’est plus rentable comme autrefois, surtout depuis la disparition de la fête de la poterie. Cette dernière activité est donc notoirement en déclin, nonobstant les quelques résistances qu’elle affiche encore dans certains villages, tels qu’Ighil Aouène, Ait Aissa Ouziane, Ait Ahmed, Takhribt, El Bir…Le burnous et le tapis perdent aussi du terrain face à cet assaut de la modernisé et de l’ »invasion » du tissu chinois. Chez la gent masculine ce sont…plutôt les métiers agricoles, telles que la fabrication des outils artisanaux, la culture en pépinière… C’est dire enfin que l’activité artisanale, qui demeure bien entendu très importante mais mal répertoriée et souvent non déclarée, devrait être reconsidérée et encouragée. Cela en vaut réellement la peine.

Idir Lounès