»Une mondialisation équitable est-elle possible ? »

De nombreuses personnalités de renommée mondiale ont pris part aux travaux de ce colloque, et apporté chacun de son côté leur contribution et leur vision sur un thème qui n’a de cesse de soulever la farouche opposition des uns et le défaitisme des autres. Y figuraient entre autres personnalités prestigieuses issues de divers horizons : l’ancien directeur général de l’Unesco, Federico Mayor Zaragoza, le prix Nobel de l’économie, Robert Mundell, l’ancien Premier ministre français, Michel Rocard, le philosophe français Georges Labica, l’ancien Premier ministre algérien Smaïl Hamdani, l’éminent économiste Edward Nell,… Plusieurs aspects de la mondialisation ont été abordés lors de ce colloque devant un parterre composé de journalistes et de personnalités connues du monde politique, culturel, religieux, économique ainsi que de la société civile. « Culture, développement et démocratie : vers une globalisation à visage plus humain », était le thème qu’a choisi de développer l’ancien directeur général de l’Unesco (1987-1999), M. Federico Mayor. Le prestigieux orateur a prononcé son allocution sans s’appuyer sur un document écrit. Il a fait le tour de la question de la mondialisation sous ses divers aspects, mais il s’est principalement focalisé sur l’importance de l’élément humain dans le développement économique, politique ou autre. « L’humain doit être au centre de tous les développements et tous les progrès », ou encore : « La démocratie est que le citoyen doit compter et non être compté », sont, entre autres déclarations de M. Mayor. Il estimera aussi qu’au lieu d’une globalisation, il faudrait plutôt instaurer une globalité, c’est-à-dire la participation de l’ensemble des humains au développement. L’ancien DG de l’Unesco est convaincu que le processus de mondialisation « ne doit pas être guidé par les marchés, mais par les valeurs universelles ». Pour lui, ce ne sont pas les peuples qu’il faut critiquer dans ce que le monde est devenu, mais les gouvernements, car ce sont eux qui sont derrière les démarches de « déshumanisation » du monde. La charte des Nations unies, soulignera-t-il, voulait éviter aux générations futures les affres de la guerre, mais les groupements des pays les plus forts, qui se sont substitués à l’ONU, ont agi autrement. Le développement économique oui, mais pas sans le développement social, qui doit être la priorité à suivre, dira-t-il encore. L’allocution de Georges Labica, philosophe et directeur honoraire du Centre de philosophie politique, économique et sociale du CNRS, sur le thème « De la guerre aux résistances », par sa pertinence d’analyse et sa richesse, n’a pas laissé indifférent les participants à ce colloque. Il y a ceux qui partageaient ses points de vue et ceux qui trouvaient à redire sur certains aspects. « La mondialisation est le produit d’un système qui a gouverné le monde depuis deux siècles », s’exclame le professeur Labica. Allant dans le sens du détail et abordant plusieurs aspects, il évoquera ce qu’il a appelé « le business de la sécurité ». Celui-ci a été, selon le prestigieux orateur, « un moteur de croissance pour l’Europe ». En termes chiffrés, ce sont, indiquera Georges Labica, 70 milliards USD de budget de sécurité pour l’Europe, l’année dernière. Le budget de la sécurité des USA est équivalent à 20 budgets de grands Etats et représente aussi plus de 57% des ventes d’armes dans le monde. Sur le volet économique, le philosophe français estimera que « le marché, ce ne sont pas les lois, mais l’anarchie qui le régit ». « Le néolibéralisme est l’adversaire de la démocratie », martèlera-t-il. Cette situation a conduit, selon lui, à la marchandisation de tout. A ce propos, il citera l’exemple édifiant du trafic international d’organes. « De 800 à 900 millions de personnes sont concernés dans le monde par ce trafic. Le marché des organes a atteint les 8 milliards USD chaque année », précisera-t-il. Un riche et éloquent débat s’en est suivi à la fin de ces interventions. Des questions fort intéressantes et des remarques pertinentes ont émané de l’assistance. Quelle marge pour l’humanité d’avoir un monde de droit ? Mondialisation rime-t-elle avec américanisation ? Que faut-il faire face au désenchantement du monde ? Une mondialisation équitable est-elle possible? sont un échantillon des problématiques posées lors de la première journée de ce colloque. Les autres intervenants de la seconde journée sont Michel Rocard, Smaïl Hamdani, Edward Nell, Omar Aktouf …

Elias Ben