La Graine et le mulet de Abdelatif Kechiche rafle quatre césars

l Le César du meilleur réalisateur a été attribué vendredi soir à Abdelatif Kechiche, 47 ans, pour son film La Graine et le mulet, portrait chaleureux d’une famille franco-tunisienne, vendredi soir lors de la 33e cérémonie des Césars au théâtre du Châtelet.

« J’ai l’impression que vous me donnez une légitimité et qu’on se dit quelque chose de très important… cela me touche beaucoup », a lancé le cinéaste à la tribune, très ému derrière ses lunettes à fines montures.

Egalement récompensé d’un César pour le scénario original du film.

La Graine et le mulet a remporté en outre le César du meilleur espoir féminin, décerné à Hafsia Herzi, 21 ans. En 2005, il avait raflé quatre Césars en 2005 pour L’Esquive, film réalisé sans quasiment aucune aide et qui racontait l’histoire de jeunes lycéens de banlieue répétant une pièce de Marivaux: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur espoir féminin (Sara Forestier).

Originaire de Tunisie, arrivé à Nice à l’âge de 6 ans, le jeune Abdelatif Kechiche prend des cours de comédie au Conservatoire d’Antibes. Passionné par le théâtre, il enchaîne les spectacles, comme acteur (il joue en 1978 du Garcia Lorca à Nice et l’année suivante une pièce d’Eduardo Manet à l’Odéon).

Sollicité par le cinéma, il décroche le rôle principal du Thé à la menthe d’Abdelkrim Bahloul, celui d’un immigré algérien vivant d’expédients.

Gigolo chez André Techiné (dans Les Innocents), puis dans le très remarqué Bezness de Nouri Bouzid (avec à la clé un Prix d’interprétation à Namur en 1992), Abdelatif Kechiche décide ensuite de passer derrière la caméra. Il a écrit plusieurs scénarios, mais c’est celui de La Faute à Voltaire qui séduit le producteur Jean-François Le petit. Avec ce premier opus, qui décrit le quotidien d’un sans-papiers, entre galères et rencontres amoureuses, le jeune cinéaste révèle son talent d’observateur bienveillant, mais aussi son sens du romanesque et son amour des acteurs (ici, Sami Bouajila ou Aure Atika). Des qualités qui lui valent le Lion d’Or à Venise en 2000, et qu’on retrouvera dans ses films suivants. En 2003, Abdelatif Kechiche réalise, avec peu de moyens, son second long métrage, L’Esquive, l’histoire d’adolescents de banlieue qui répètent une pièce de Marivaux pour le lycée. L’authenticité de cette œuvre subtile, qui met à mal les clichés sur les cités, est saluée par une critique unanime avant d’être le vainqueur-surprise des Césars : le film empoche quatre trophées, dont celui de Meilleur film. Kechiche se lance ensuite dans le tournage de La Graine et le mulet, où le parcours du combattant d’un vieil immigré algérien qui veut ouvrir un restaurant à Sète.

M. H.