Le boycott se confirme

Les institutions culturelles des pays arabes ont délibéré : le Salon international du livre sera boycotté quasiment à l’unanimité. Hormis quelques écrivains qui ont décidé d’y participer à titre individuel, à savoir du coté de l’Algérie, Boualem Sansal et Mayssa Bay, le monde arabe et même quelques écrivains israéliens ont décidé de boycotter l’événement en expression de leur profonde indignation quant aux crimes humanitaires commis par Israël en Palestine et particulièrement à Gaza.

La polémique se trouve de plus en plus aiguisée par ce boycottage unanime d’autant plus que les organisateurs de la manifestation parisienne, les écrivains israéliens et même quelques écrivains arabes s’indignent à leur tour de cette politisation d’un événement purement culturel en arguant que la meilleure façon d’aider la cause palestinienne est justement de participer à cet événement qui commémore le 60e anniversaire de la création de l’état hébraïque.

Il faut souligner pour rappel que le Syndicat National des Editeurs du Livre, la Bibliothèque nationale et le ministère de la Culture ont décidé de boycotter l’événement, considérant que la participation serait une approbation indirecte et une aide insoupçonnée pour la barbarie israélienne en Palestine.

C’est le cas pour toutes les institutions culturelles des pays arabes qui affirment que le Salon international du livre de Paris a été le premier à politiser cet événement prétendument culturel en décidant de fêter l’anniversaire d’un Etat qui persécute un peuple arabe et assassine sans vergogne les enfants et les vieillards palestiniens.

Les écrivains ayant décidé de participer ont un autre point de vue : un écrivain est avant tout un citoyen du monde, un esprit universel qui se doit d’estomper les frontières géographiques et politiques le séparant de l’Autre.

Il est donc nécessaire pour eux de démarquer l’art de la politique même si en tant que citoyens arabes ils soutiennent la cause palestinienne.

Les arguments des uns et des autres sont tout aussi convaincants car on ne peut dénier à un écrivain le droit d’assumer son esprit universel et de participer à toutes les manifestations qui rendent hommage au livre même s’il arrive quelque fois qu’une de ces manifestations ait un aspect politique quelconque. Le devoir de l’écrivain est, quelque soient les circonstances, de contribuer au développement culturel et à l’enrichissement des débats. Boycotter un événement culturel s’avère donc un crime commis contre le livre tout aussi cruel que les crimes commis contre les palestiniens ! Pour les partisans du boycott, les arguments ne sont pas moins massifs : la participation à un événement culturel non seulement politisé mais « insultant » de surcroît serait une contribution passive à l’oppression du peuple palestinien qui a besoin de toute notre solidarité. Le boycott est donc confirmé et le Salon International du Livre se trouvera amputé de ses rayons arabes. Mais une question s’impose : est-ce une perte pour la manifestation parisienne qui, faut-il le souligner, n’a jamais eu besoin de la présence arabe pour asseoir sa valeur à l’échelle universelle ? Ou est-ce simplement une perte pour les éditeurs et écrivains arabes auxquels cet événement a toujours été d’un grand profit ?

Sarah Haidar