La pierre bleue fait vivre 60% de la population

La pierre bleue est un précieux matériau de construction et surtout de décor. La taille et la vente de cette pierre, d’un genre unique à l’échelle mondiale, est en pleine expansion dans la commune Ath Mansour, relevant de la daïra de M’chedallah : c’est une activité qui fait vivre plus de 60% de la population de cette commune et qui est aussi l’un des premiers métier collectif exercé dans cette région située entre Ahnif et Boudjelil (Béjaïa), et ce après l’agriculture. On retrouve ce matériau « façonné » exposé à la vente en bordure de la RN5 sur plusieurs kilomètres, déposé malheureusement de manière anarchique et qui présente par endroits un véritable danger pour les usagers de la plus importante route de l’est du pays. Les artisans exerçant dans ce créneau sont de véritables « architectes » dotés d’une admirable dextérité : en deux gestes et trois mouvements ils vous façonnent des cubes de toutes dimensions destinés soit à la maçonnerie classique, soit au décor des façades, selon la commande. Accroupis et armés d’un simple marteau, ils s’affairent du matin au soir, hiver comme été et sans aucune autre protection contre les rudes conditions climatiques qu’un large chapeau de paille à leur besogne qui nécessite de bonnes conditions physiques et beaucoup de la patience et de l’endurance. D’abord, ils ramènent de loin de la matière première qu’ils déterrent entre 1 mètres et 2,50 mètres en sous-sol, sous formes de dallettes de différentes dimensions tant en largeur qu’en épaisseur, qui sont ensuite triées chacune selon le modèle auquel elles répondent. C’est un travail manuel pénible qui se fait en groupe de deux à cinq personnes, généralement issues d’une même famille. Les plus robustes sont chargés du déblaiement de la couche de terre en surface, ensuite l’extraction des dallettes à l’aide de masses de 10 kg et de leviers ; bien souvent il faut séparer la pierre en deux en raison de son poids, sachant que ce genre de pierres sont pleines et non poreuses, extrêmement lourdes : 1 m2 dépasse largement les

150 kg.

La spécifité de la pierre bleue d’Ath Mansour est d’abord sa forte résistance à la corrosion ; ensuite, très facile à façonner et enfin inégalable en matière d’esthétique en architecture : elle n’a pratiquement rien à envier aux « cubes de marbre » importés d’Italie par les constructeurs algériens aisés sur tous les plans. Autre fait unique : elle sert de « mur porteur » qui ne nécessite ni pilier, ni ceinture en béton. Des maisons, bâties entièrement avec cette pierre durant les premières années de l’occupation coloniales sont encore debout, intactes, et le resteront des siècles encore malgré leur abandon. C’est tout simplement de la « terre blanche » qui est utilisée pour la construction de ces maisons qui auront bientôt 2 siècles d’âge. Il faut cependant préciser que les murs de ces vieilles bâtisses dépassent les 60 cm d’épaisseurs pour certaines composées de plusieurs étages. Ce sont particulièrement tous les camps militaires les forts et les châteaux qui sont construits à l’aide de cette pierre bleue. Certaines de ces bâtisses remontent à l’ère ottomane : les Turcs se sont ingénié à la concasser et l’ont utilisée pour l’aménagement et le revêtement de « routes carrossables ».

Au jour d’aujourd’hui, en dépit du fait que cet inépuisable gisement de cette pierre fait vivre la moitié de la population de cette commune, on continue à l’extraire et la traiter d’une manière archaïque, de la même manière qu’il y a deux siècles. Aucune autorité ou chercheur quelconque ne s’est intéressé à créer des machines et autres moyens mécaniques pour améliorer les conditions de travail de ces centaines d’artisans. Sur un autre volet, vu que la pierre bleue taillée d’Ath Mansour est très prisée et demandée aux quatre coins d’Algérie, on la retrouve sur toutes les façades en guise d’ornement dans toutes les bâtisses luxueuses à l’échelle nationale. Pourquoi ne pas orienter des investisseurs sur ce filon d’une inestimable valeur et désenclaver cette région, l’une des plus pauvres au niveau de la wilaya de Bouira ? Même les « graveurs » et autres décorateurs et sculpteurs trouveront en cette pierre matière à leurs activités. La pierre bleue taillée et façonnée peut bien être exportée de la même manière que sont importés les cubes de marbre d’Italie.

En attendant que soit envisagée l’exploitation à grande échelle de ce gisement, que l’on se penche au moins sur l’état de santé de ces pauvres artisans qui présentent tous, sans exception, une peau « craquelée » de leur visage et sur les mains une peau anormalement « dégradée ». Que l’on s’assure au moins que cette pierre ne présente pas des risques de silicose semblable aux maladies cancérigènes de la peau.

Omar Soualah