Dans la boutique qu’il tient dans le hall du cinéma d’Akbou, tout, absolument tout, est prétexte pour servir la nature. Par ci, de petits pots de yaourt servant à faire germer des graines de fleurs et par là de plus grands pour leurs transplantations, les plantes ainsi obtenues finissent dans des bouteilles d’eau minérale où elles mûrissent pour donner de belles fleurs. Des fleurs, il y en a chez lui et de toutes les couleurs et formes. Dans un autre coin, c’est des cartons étiquetés qui sont entreposés en vue de recevoir chacun du verre, des sachets en plastique, des métaux, du papier. On trouve aussi un récipient réservé aux restes de légumes et fruits qu’il se donne la peine d’aller récupérer matin et soir chez les commerçants de la rue Si El Houas.
Ces restes sont coupés en petits morceaux, mis à sécher à l’air libre, et enfin broyés ; ils terminent leurs parcours dans les pots de yaourt où ils enrichissent, en guise d’engrais naturel, le sol ; ce qui en reste est stocké dans des sachets en plastique de récupération pour servir ailleurs ; lors du gazonnage de grandes surfaces par exemple. Cette méthode pour traiter les déchets est à méditer par nos responsables et toute la société qui doit s’en inspirer car il s’agit là de la solution la plus idoine pour venir, autant que faire se peut, à bout des problèmes de pollution inhérents aux sociétés de consommation. Ce fleuriste n’est pas avare quant à la transmission de son savoir-faire pour les visiteurs, il en fait même un devoir : chaque visiteur est sensibilisé sur la nécessité de protéger l’environnement, des conseils lui sont prodiguées sur le jardinage, des histoires sur des gens stressés et déprimés qui ont recouvert leur bonne santé et sérénité juste par la vertu du contact avec les fleurs, des exemples de gens qui ont pu réussir leur vie grâce à la récupération de déchets polluants leur sont racontées dans le but de les inciter à s’y mettre.
Son histoire avec le jardinage a commencé à la fleur de l’âge, à 20 ans, alors qu’il était serveur quelque part du côté d’Alger dans le café-restaurant d’une station-service.
Un couple binational de jardiniers entretenait les petits espaces verts de la station, il les aidait dans leur travail et Dieu a voulu qu’il rencontre une femme dont il tomba amoureux. Ces trois facteurs réunis ont fait de lui un homme comblé au sourire toujours enfantin, sensible à tout ce qui est beau et sain. Ecoutons-le : « j’ai aimé et j’aime avec mon cœur, l’amour m’a placé sur l’orbite des fleurs, elles sont devenues mes amies, mes compagnes. Quand je les vois pousser, grandir et fleurir, je sens mes forces s’accroître et une joie immense, béate s’empare de moi », il enchaîne : « Quand je vois un milieu naturel sali par la faute des hommes, j’ai mal au cœur. Combien est désolant le spectacle de ces décharges publiques qu’on trouve presque à l’entrée de toutes les villes et de tous les villages ! Autrefois, on avait faim, on manquait d’eau, mais on était sincère et on vivait dans un milieu propre. Aujourd’hui, c’est l’inverse, la société s’est enrichie et le niveau de vie s’est considérablement amélioré, malencontreusement le béton et la saleté sont partout, ils ont fini par envahir nos âmes, nous ont déshumanisé, endurcir bétonné nos cervelles en un mot : ils gâchent le bonheur que pourrait procurer cette aisance ». En collaboration avec l’APC d’Akbou et l’Inspection de l’éducation, il a créé cinq clubs écologiques à Ighram, douze à Aït R’zin et une serre à la Maison des jeunes.
Dans ces écoles, tous les espaces inutilisés sont reconvertis en espaces verts entretenus par les écoliers formés. Il compte à son actif bien d’autres actions qu’il serait presque impossible de recenser toutes. Les graines servant à ces opérations, ainsi que la documentation, les catalogues, les conseils sur le recyclage sont fournis gratuitement par madame Martin Renault, présidente de l’association « Bagnolet Fleuri » qu’il a connu dans le cadre du jumelage de la ville d’Akbou avec la ville de Bagnolet.
Sa devise est : « Répondre toujours présent chaque fois qu’il s’agit de promouvoir la culture verte, car un environnement sain est le meilleur cadeau que nous puissions léguer aux futures générations » termine-t-il.
B. Sadi
