La zaouïa de Sidi Yahia Al Aïdli revisitée (2e partie)

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L’ambiance est perceptible de loin avec tout ce beau monde, d’une correction exemplaire qui bonde à l’entrée de l’édifice et à l’intérieur, plein à craquer. A notre arrivée nous sommes émus par toutes ces subtilités qui s’offrent à nos yeux et ces joies de retrouvailles entre des personnes qui ont marqué de leurs empreintes l’histoire de ce lieu de culte, enseignants et étudiants compris. Nous pénétrons à l’intérieur d’une grande cour et tombons nez-à-nez avec un grand mémorial où sont inscrits les noms des 75 chahids tombés au champ d’honneur durant la glorieuse guerre de libération nationale. «Ces 75 chahids étaient tous des anciens élèves qui ont fréquenté notre école, parmi eux, ceux qui ont abandonnés les études pour rejoindre le maquis. D’ailleurs, c’est la cause pour laquelle l’administration française a décidé de sa fermeture durant toute la période de guerre», expliqua un membre de l’association. L’ouverture de la cérémonie est revenue à la chorale d’une école primaire locale qui a chanté l’hymne national et un taleb de la zaouiya qui a récité quelques versets du Coran, puis se sont succédées sur l’estrade plusieurs personnes qui ont rappelé la grandeur et le mérite de cette école qui a formé des générations d’étudiants en théologie parmi eux ceux qui se sont sacrifiés pour l’indépendance du pays. Ensuite, après un recueillement sur la tombe de Sidi Yahia, libre cours est donné aux invités de visiter les lieux dont certains venus pour la première fois, ont très apprécié les subtilités qu’ils ont découvertes, d’autres habitués des lieux. Locataires et visiteurs se remémorent les séjours fastes passés dans cette école religieuse. Derrière ce mémorial, c’est la grande mosquée qui attire toute notre attention avec son minaret très élevé, les ors et les turquoises de ses coupôles. L’immensité de sa superficie permet aisément le partage entre une salle de prières et une classe pour les talebs qui apprenaient le Coran en écrivant les sourates sur des ardoises en bois (Laouha) avec de l’ancre (Segha). Sur la gauche, un grand bâtiment construit récemment dont le rez-de-chaussée est utilisé pour le matériel et le premier et dernier étage est composé d’une lignée de classes où est enseigné le Coran. Entre l’entrée et ce bâtiment, des escaliers ménent aux résidences mythiques très anciennes qui attirent les regards des visiteurs. Ces petites maisonnettes ardentes et proprettes gardant toutes leurs ferveurs constituent un patrimoine séculaire à sauvegarder qui renvoie sur cinq siècles en arrière. Imaginons ainsi la grandeur du concepteur de tels vestiges étourdissants qui dépaysent la vue dès le premier regard. Celle-ci, malgré le poids des âges, des rénovations n’ont rien troublé de leurs originalités et sont encore utilisées comme internat des étudiants composée de plusieurs dortoirs, d’un réfectoire, d’une cuisine et d’un bloc administratif. «Le financement de cette zaouia provient de l’Etat qui paye les salaires du personnel enseignant et des rentes de la station thermale pour le fonctionnement. La municipalité intervient pour l’entretien des édifices», a indiqué notre interlocuteur. Cette zaouia est une école coranique qui forme des imams et des talebs.Actuellement, 60 étudiants pris en charge totalement par l’école, suivent un cursus scolaire en théologie. Ce monument historique du savoir est fréquenté par de grandes personnalités politiques et religieuses qui ne manquaient pas de lui rendre visite. Son mérite est d’avoir nourri l’Algérie et la région de Kabylie en particulier en imams parlant les deux langues arabe et kabyle. Cette faculté leur permet de bien véhiculer le savoir. Elle a été fermée par l’administration française pendant les sept ans de la guerre d’Algérie, lui rapprochant d’avoir formé des moudjahiddines. Ce n’est qu’en 1968 qu’elle a réouvert ses portes en reprenant sa vocation initiale d’école coranique. Elle a atteint son apogée avec l’arrivée de feu Mouloud Kassem N’ait Belkacem aux affaires du ministère des Affaires religieuses qui l’a elevée au rang d’un institut islamique ou sont enseignées, en plus des études coraniques, toutes les matières de l’enseignement général pour des cadres de haut niveau. Mais cette distinction n’a pas duré longtemps et au bout de quelques années d’expérience, elle retourne à sa vocation initiale d’école coranique pour la formation de talebs.

L. Beddar

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