La Dépêche de Kabylie : Ath Yanni abritera à partir de jeudi la 8ème édition de la fête du Bijou. Votre sentiment !
Sadeg Youcef : ça sera certainement un moment de bonheur qu’on va partager avec nos invités et les participants. J’espere que la 8ème édition de cette traditionnelle fête sera une réussite comme les précédentes.
L’on constate que la préparation bat son plein à une journée du début de la fête…
Effectivement, on est en train d’effectuer les dernières retouches pour être à la hauteur de l’évènement. Sinon tout est fin prêt pour accueillir et célébrer comme il se doit cette fête. Je dois vous dire que la préparation a débuté il y a quand même un bon bout de temps.
Le comité des fêtes de notre commune à sa tête M. Bouaza qui n’est autre que notre président d’APC a tout mis en œuvre pour garantir la meilleure réussite à cette célébration.
On n’a rien laissé au hasard. Le comité s’est reparti sur plusieurs commissions d’organisation et je pense que chacune de ces dernières s’est acquittée convenablement de sa mission, du moins jusque-là.
La cérémonie d’inauguration de la fête a toujours été grandiose avec notamment la présence des officiels et pas des moindres, qu’en sera-t-il pour cette année ?
Pour la journée aujourd’hui, soit le premier jour de la fête, nous attendons quelque 1 500 invités.
Nous avons, entre autres, convié les ministres de la PME et de l’Artisanat, celui de la Culture, le wali… nous avons même formulé des invitations pour quelques ambassades.
Je peux vous affirmer en somme que la cérémonie d’ouverture ne sera pas de moindre envergure que celles des éditions passées.
Qu’en est-il du nombre des participants à cette manifestation ?
Concernant les participants nous avons recensé 67 bijoutiers d’Ath Yanni.
Je précise ici que les 67 bijoutiers exercent spécialement dans la profession de fabrication de bijoux d’Ath Yanni…
Pourquoi cette précision, ou bien quelle est la différence entre le bijou d’Ath Yanni et celui des autres régions.
C’est pour ça justement que je voulais apporter cette précision, car il existe une différence de taille entre le bijou de notre région et le bijou des autres contrées. La différence réside d’abord dans la matière première utilisée. Les bijoutiers d’Ath Yanni utilisent une matière de première qualité, soit l’argent du titrage 950 très connu dans le jargon des bijoutiers. Les autres travaillent avec une matière de 2è voir de 3è choix. Aussi, il y a le savoir-faire qu’ont les bijoutiers d’Ath Yanni et que n’ont pas les autres.
Revenons si vous le voulez bien, à la participation…
Je vous disais donc que 67 bijoutiers d’Ath Yanni ont confirmé leur participation.
En outre, il y aura aussi bien évidemment d’autres participants dans d’autres activités telles la broderie, la robe Kabyle, la poterie, tapis berbère… Par ailleurs 11 wilayas, seront représentées dans le festival, je vous citerai, Tamanrasset Tlemcen, Ghardaia…
Qu’en est-il des moyens mis en place ?
Comme je vous l’ai déjà dit tout à l’heure tout est fin prêt pour abriter le festival et ce grâce justement à la contribution de nos différents sponsors, dans ce registre on notera la l’apport considérable du ministère de la PME, du ministère de la Culture, celui de l’Environnement, sans oublier la wilaya et les entreprises privées qui ont participé chacune à sa matière en mettant à notre disposition les moyens qu’elles pouvaient offrir.
La 8ème édition du bijou se déroulera cette année dans une situation sécuritaire un peu particulière pour la région. N’est-ce pas ?
C’est vrai que la situation sécuritaire est peu reluisante dans la région mais pour la durée du festival les pouvoirs publics nous ont assuré que la présence des agents de sécurité sera renforcé.
Je pense donc que dans ce domaine, il n’y a pas grand-chose à craindre.
A votre avis quel est l’apport économique de la fête du Bijou sur la région ?
Il y a franchement un apport considérable pour notre région située quand même loin même des regards. Je peux vous assurer et il y a ici des bijoutiers qui peuvent l’attester que durant le festival, les artisans vendent dix fois plus que ce qu’ils vendent durant toute l’année, celà à titre d’exemple. Sinon, tous les commerçants de notre localité réalisent des chiffres d’affaires assez conséquents pendant cette période. Il y a toutefois les contraintes des visiteurs qui affluent à Ath Yanni durant cette fête, alors que pendant le restant de l’année, la localité se trouve complètement éloignée de tout brouhaha c’est en somme à l’occasion de cette fête que notre commune sort de son isolement, si on peut appeler ainsi, la vie de chaque jour Ath Yanni.
En outre, le festival permet à la grande famille d’Ath Yanni de se rencontrer, elle qui est dispersée un peu partout çà et là à travers le pays. Comme vous devez le savoir, en fait, la région connaît depuis quelques années un exode qui va grandissant. Ce n’est qu’à cette période que tout le monde se rencontre. Par ailleurs le festival du bijou constitue une belle opportunité pour les uns et les autres de faire d’autres connaissances et découvrir de nouveaux horizons à travers les personnes des différents coins du pays qui viennent ici. Autrement dit, ce festival sert de cadre pour échanges d’idées et de connaissances.
Cela doit constituer l’objectif recherché à travers l’organisation de la fête chaque année…
Effectivement, mais l’autre objectif c’est aussi de sauvegarder le bijou d’Ath Yanni, qui est, autant le dire, en voie de disparition.
Expliquez-vous…
Je crois en fait que c’est une occasion de tirer la sonnette d’alarme sur la situation que vivent nos bijoutiers actuellement.
Pour votre information plusieurs de nos artisans ont dû baisser rideau ces dernières années pour embrasser d’autres métiers plus lucratifs. La profession ne peut plus faire vivre les familles. En outre cette profession est soumise à plusieurs contraintes qui vont à l’encontre des ambitions des bijoutiers. L’indisponibilité et la cherté de la matière première en sont les principales contraintes qui font que le nombre des bijoutiers en exercice est en baisse.
Justement, vous avez parlé de 67 bijoutiers qui ont confirmé leur participation. Cela veut-il dire qu’il ne reste plus que ce nombre en exercice ?
On ne peut pas avancer le chiffre exact des bijoutiers d’Ath Yanni en exercice dans ce sens que cela relève des prérogatives de la direction de la culture qui détient les statistiques, mais je peux vous dire qu’on est pas si loin de ce nombre.
Une chose reste en tous cas sûre c’est que la situation du bijou d’Ath Yanni n’est pas du tout reluisante et ça craint fort pour l’avenir de la profession.
C’est grâce, doit-en déduire, à la fête du Bijou que les bijoutiers d’Ath Yanni ont pu maintenir un semblant de santé. Parlez-nous un peu de l’histoire du festival…
La célébration se tenait depuis belle lurette. Seulement dans le passé, la fête se limitait à quelques expositions sans plus. La fête renaît de ses cendres en prenant une autre envergure qu’on lui connaît aujourd’hui, plus consistante du reste, depuis 1995. Cela dit, la célébration a connu une période de disparition, pour ainsi dire, puisque en 2001, 2002, 2003 la fête n’a pas eu lieu pour des raisons que tout le monde connaît, des raisons relatives aux évènements de la Kabylie.
On a remarqué que le festival se tient pratiquement à la même période de l’année, cette date est-elle un choix ?
En effet, c’est un choix. Nous avons toujours tenu à ce que le festival se déroule lors du dernier week-end du mois de juillet. Cela permet à tous ceux qui sont intéressés de venir dans ce sens que cette date coïncide avec la période de pleine vacance.
On est bien curieux, dans un autre registre de savoir comment se fait-il que les Ath Yanni se distinguent par leurs bijoux ? Quel est leur secret ?
Il n’y a pas de secret à celà, nous avons hérité cette profession de génération en génération.
Toute la différence réside dans le savoir-faire qu’on a toujours su préserver. Je vais d’ailleurs vous raconter une anecdote très illustrative.
Pendant la période othomane, raconte-t-on, les Ath Yanni qui ne pouvaient pas honorer le montant exagéré des impôts qu’on leur avait imposé, ont trouvé la parade pour éviter d’être sanctionné, en confectionnant une fausse monnaie. Ath Yanni a ainsi inondé le pays par ces fausses pièces.
Le Dey d’Alger a ensuite prié nos grands-pères de lui remettre la pièce originale, en contre-partie Ath Yanni a été exonérée des impôts. Cela nour vous dire que notre savoir-faire dans ce domaine est ancestral.
Quelque chose à ajouter pour conclure cet entretien
Oui, nous remercions tous nos amis sponsors et toutes les âmes de bonne volonté qui ont par leur apport, contribué à la réalisation de cette manifestation. Nous souhaitons également la bienvenue à tous les participants et visiteurs. J’espère que la fête sera grandiose.
Entretien réalisé par M. O Ben-Mokhtar
