L’Aïd ou la fête ?

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Pour une fois qu’on a su, longtemps à l’avance, la date du début de Ramadhan, on pensait qu’on allait de facto nous éviter le suspense sur le jour de l’Aïd. Eh bien non. Ils nous ont tenu en haleine jusqu’au bout. Déjà que les experts en la matière et les responsables de la télé n’ont pas pu nous éviter le show de la nuit du doute, là où il n’y avait aucun doute, voilà qu’on remet ça. Les experts en observance du croissant lunaire qui, une fois n’est pas coutume, se sont reconvertis avec quelque bonheur, il faut le dire, en rigoureux techniciens de la prévoyance n’ont pas pu résister à la tentation de revenir aux bonnes vieilles habitudes. Ils nous avaient déjà averti il y a déjà plusieurs mois : “vous allez entamer le jeûne tel jour, mais cette prévision est exceptionnelle et pour que vous ne vous emballiez pas trop, on ne va pas sacrifier la forme.” Le retour à la méthode Coué est imminent. Le voilà plus tôt que prévu. Le début du calvaire, on l’avait donc situé dans le temps, pas sa fin. la fête ? Allons, donc. C’est pas du tout amusant.  » Reprendre  » le boulot les poches vides et pour beaucoup l’ardoise salée, ce n’est pas une perspective particulièrement enthousiasmante. Aujourd’hui, à moins que ce ne soit demain est un jour de Dieu comme les autres. Pas vraiment. Il faut habiller les enfants, qui ne seront évidemment pas contents parce qu’ils n’ont pas eu  » leur marque  » contrairement au voisin dont le paternel est mieux nanti, il faut améliorer le plat du jour toujours problématique, il faut recevoir et rendre visite, encore plus problématique. C’est l’Aïd, mais la fête, il faudra certainement aller la chercher ailleurs. On s’embrasse en tendant le haut de la joue jusqu’à se faire mal, puis on se regarde en chiens de faïence autour de gâteaux que tout le monde dédaigne. On rend visite et pour faire bien, on ne prend rien chez son hôte. On reçoit avec une seule question en tête une fois que le visiteur a franchi le seuil de notre porte : quand est-ce qu’il va partir ? On ne chante pas, on ne danse pas, on ne rit pas, on ne boit pas, on mange à peine, mais c’est la fête. Il faut vraiment aller la chercher cette joie virtuelle au royaume de l’angoisse. Et on trouve le moyen de la prolonger au delà de ses deux jours réglementaires, la fête. On s’éclate tellement qu’on trouve du mal à s’en remettre. Il faudra une semaine avant de retrouver un restaurant ouvert  » normalement « , parce qu’en plus des fêtes tristes, on a aussi inventé le service minimum dans les gargotes, les taxis mettront leurs capuches et les hôpitaux, faute de pouvoir fermer, fonctionneront sans médecins. Et dans tout ça, on ne sait pas vraiment si c’est le jeûne ou la fête qui joue la troisième mi-temps. Ou plutôt si, on le sait. Puisqu’on continuera, quinze jours durant, à se dire Saha Aidkoum.

S.L

laouarisliman@gmail.com.

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