« Il vaut mieux se rendre à pied à son travail que d’emprunter les transports en commun », nous dit Djamila, 42 ans, secrétaire de direction dans une grande entreprise publique à Tizi-Ouzou. Djamila souffre des embouteillages qui la retardent quasiment chaque matin que Dieu fait. Elle qui prend déjà deux fourgons pour atteindre la ville à partir de Béni Douala, passe autant de temps pour rendre de la station de fourgons à son travail. Et là pas de taxis.
Ils sont trop chers pour les petites bourses. Ce sont les fourgonnettes qui se chargent d’embarquer les plus « pauvres » ! Quand les stations ne sont pas bourrées de monde et que l’on peut trouver une place, on est bien chanceux. Il reste juste à rester de glace face à la mauvaise humeur des conducteurs et même des voisins passagers.
Ce qui n’est pas évident le matin. Il faut aussi user de patience pour surmonter l’exacerbation et la lassitude qu’engendrent les bouchons et embouteillages, propres à la ville des Genêts. Et puis entre fraudeurs et transporteurs en règle on ne peut pas faire la différence. L’important c’est d’arriver, diraient certains.
Le hic c’est qu’en se faisant contrôler, les fraudeurs sont bien contraints, dans la plupart du temps, à décharger leur véhicules et abandonner ainsi les passagers en milieu du chemin. Comment faire la différence ? Ce n’est pas évident sauf si l’on ose demander au conducteur si ses papiers sont bien en règle. La chose n’est pas facile non plus quand on connaît l’agressivité des gens de bon matin. Si le chauffeur est tombé du lit le matin, on risque au mieux une expulsion pure et simple du véhicule. On ne vous invite pas à imaginer le pire. Ceci dit, ces petites fourgonnettes appelées « baignoires » sont bien pratiques mais surtout pas du tout chères. Pour 15 dinars on peut traverser la ville de long en large, en fonction de la ligne. On ne s’arrête pas forcément qu’aux arrêts autorisés, ce qui enchante les utilisateurs des baignoires « sauveteuses ». Il existe trois lignes qui couvrent la totalité de la ville et de la Nouvelle-Ville au bonheur des petites bourses et autres écoliers et étudiants. Si le pouvoir d’achat fait des siennes, son yoyo n’affecte guère le prix de la course. Mais aussi, si ce moyen de transport est prisé par une tranche de la population à Tizi, le taxi reste le moyen de transport des plus gros portefeuilles qui restent toutefois insuffisamment garnis pour se permettre un véhicule personnel.
Fidèles à leur penchant prononcé pour le confort, ils se permettent cet ultime luxe. Le prix est fort. Quelles que soient la course et la distance à l’intérieur du centre-ville, la course est chiffrée à 100 dinars. Si on sort du centre, elle peut doubler. De la station de taxis du marché couvert à Bastos, à titre d’exemple, la course est évaluée à 200 dinars. Et là, c’est selon les chauffeurs de taxi qui semblent ne pas savoir utiliser leurs compteurs. Ceci dit, avec les embouteillages de la ville il vaut mieux s’en tenir au prix fixé. Le client sera certainement perdant si le compteur est mis en marche en pleines heures de pointe. Seulement il y en a qui payeraient de temps en temps la chance d’occuper seul sa banquette sans jouer des fesses pour se faire une place. Ceux là même qui se passeraient bien de descendre une dizaine de fois avant son arrêt pour faciliter la descente aux passagers de l’arrière. Ça fait de l’exercice, mais il ne faut pas non plus exagérer ! Entre le fourgon et le taxi, donc, c’est selon les goûts et l’état des poches.
Autre phénomène qui commence à apparaître en ville, notamment chez les plus jeunes. Il s’agit du scooter. Ce mi-vélo mi-moto, est de plus en plus utilisé dans les quartiers de Tizi-Ouzou. Beaucoup moins cher qu’un véhicule, ou même une moto, juste un peu plus cher qu’un bon VTT, le scooter a l’avantage de se faufiler dans les embouteillages quelles que soient leurs intensités. Economique et pratique, il est le moyen de transport de quelques jeunes de Tizi qui se veulent branchés et particulièrement « In ». Seulement avec ce genre de deux roues, l’exercice et la forme ne sont pas au rendez-vous. Dans tous les cas, à Tizi-Ouzou, côté transport il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses et exigence. Seule « tache » dans ce tableau, l’absence du vélo. Economique et écologique et surtout bénéfique pour la forme et la silhouette, on devrait y songer à l’avenir. En attendant, on devrait prévoir des routes cyclables en ville. Dur à faire quand on sait que même les piétons se font squatter leurs trottoirs et que les véhicules se disputent les quelques petits mètres qui leur sont réservés !
Samia A. B.
