Rendre le poisson à la portée du citoyen

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Dans la courte allocution qu’il a prononcée jeudi dernier à l’Ecole maritime de Bgayet, à l’occasion de la sortie de la 1re promotion des patrons côtiers — commandants de bateau de plus de 30 tonnes —le ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques, Smaïl Mimoune, a déclaré qu’il était heureux de se trouver à Bgayet, ville côtière où il y a une longue et profonde tradition de pêche et de consommation de poisson. Mais ce qu’il ne dit pas et qu’il n’ignore certainement pas, c’est que cette tradition millénaire qu’ont les habitants de Bgayet de consommer du poisson frit ou accommodé à d’autres recettes, dont les jeunes de Bgayet ont le secret, cette tradition héritée des temps immémoriaux a tendance à “foutre le camp” à jamais des foyers de la capitale des Hammadites. Du repas populaire qu’il était, à la portée des bourses les plus démunies, le poisson à Bgayet est devenu depuis quelques années totalement inaccessible aux “smicards” et un repas de luxe que ne peuvent se permettre que de temps à autre les cadres moyens. Depuis quelques années déjà, le prix de la sardine a atteint des sommets incroyables, allant de 120 à 140 DA le kilo. Et les prix se sont stabilisés à cette hauteur, hors d’atteinte des travailleurs. Pour un déjeuner d’une famille moyenne, il faut pas moins de 2 kilos de sardines, c’est-à-dire quelque 280 DA, ce qui représente déjà plus de la moitié de ce que le travailleur gagne en une journée. D’ordinaire, dans les villes côtières, et notamment à Bgayet, le prix du poisson va de pair avec celui de la pomme de terre. Or, même si ce dernier atteint, lui aussi, des pics par moments, il n’a jamais dépassé les 40 DA le kilo, c’est-à-dire, grosso-modo, le tiers du prix du poisson qui, logiquement, n’aurait jamais dû prendre une telle avance.Cette augmentation effrénée du prix du poisson, les pêcheurs l’imputent pour se justifier au prix tout aussi effréné du matériel de pêche, de la pièce de rechange pour les bateaux et du carburant. Mais la réalité, arguent d’autres pêcheurs, est que le prix du poisson obéit tout simplement à la loi de l’offre et de la demande. Si le prix de la pomme de terre s’est maintenu dans une fourchette raisonnable, c’est qu’il n’y pas eu de grand déséquilibre entre l’offre et la demande de ce produit. Et sur ce point précis, certains avancent en plaisantant que le poisson des côtes de Bgayet mène une belle vie et ne meurt que de vieillesse. Ce qui n’est pas tout à fait faux puisque de la bouche même du président de l’Association des pêcheurs, on apprend que les pêcheurs de Bgayet, faute d’abris pour leur sécurité, ne se hasardent pas sur la côte Ouest bien qu’elle soit des plus poissonneuses. La réalisation des digues de sécurité à Oued Das, à Tigheremt et à Tala Yilef est donc une priorité, selon notre interlocuteur.Lors de sa visite à Bgayet, le ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques, a, au port de pêche, écouté les professionnels qui lui ont fait part de leurs problèmes socio-professionnels et, à la surface du grand lac, inauguré le Salon international de l’équipement et du matériel de pêche.Il reste à espérer que ce genre d’activité soit de nature à rendre dans un jour prochain le poisson à la portée du citoyen.

B. Mouhoub

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