De notre envoyé spécial, Dalil Saiche
Leur présence dans la région remonte pour quelques familles à plus d’un siècle.
C’est au cours de l’exposition organisée du 26 au 29 du mois dernier au centre d’information et d’animation de la jeunesse (CIAJ) à Relizane que l’occasion nous a été donnée de rencontrer quelques-uns. Quant à l’exposition, elle retrace d’un coté, l’histoire de la kalaâ d’Ath Abbas et met en relief son patrimoine immatériel et matériel de l’autre coté. Il s’agit d’un reportage photo réalisé par l’association Jean El Mouhoub et Taous Amrouche de la région d’Ath Abass.
Le travail réalisé par ladite association, avons-nous constaté, n’a pas été sans avoir une emprise passionnelle sur des familles entières originaires de la région d’Ath Abass venues sur les lieux de l’exposition dans le but de voir leur région même sur des photos. Des familles qui ont perdu une partie de leur culture, de leur identité… mais sans pour autant dénier leur appartenance à une culture millénaire et à une région qui a beaucoup souffert des affres du colonialisme. Un sentiment d’appartenance qu’a bien voulu partager avec nous un vieux originaire de la région pour manifester son attachement à la terre qui l’a vu naître, à sa culture et à son identité inaliénable. Des constantes qu’il ne veut point, dit-il, reléguer au registre des souvenirs. Témoignage.
Mardi 28 octobre. Centre d’information et d’animation de la jeunesse de Relizane. Il était 10h45. Au hall du centre il n’y avait pas grand monde. Les jeunes qui le fréquentent sont surtout attirés par le tarif de connexion, 30DA l’heure, appliqué au niveau des deux cybercafés qui sont ouverts au public durant la journée. En ce qui concerne l’exposition il convient de signaler qu’elle n’a pas drainé grand monde. D’aucuns, s’interrogeaient, et ce depuis son ouverture le 26 octobre dernier jusqu’au 29 du même mois sur les raisons d’une telle indifférence de la population de Relizane qui n’a pas jugé utile de venir visiter les stands de l’exposition à même de découvrir quelques pans de la culture kabyle. Passons.
Plaidoyer pour la sauvegarde de la Kalaâ « J’aimerais bien revenir m’installer comme avant à la Kalaâ. De toutes les façons j’ai dit à mes enfants de m’enterrer là-bas » ambitionne ardemment Belkacem Bouachrine que nous avons rencontré à Relizane. Né en 1931 à Ath Abbas, celui-ci, après une année d’étude à l’école primaire, quitte sa région en 1939. Un départ forcé, se rappelle-t-il, pour échapper à l’étau qui se resserrait à cette époque sur son père qui était recherché par l’occupant après qu’il eût incendié la forêt d’Ath Abbas. Du coup, une nouvelle vie commence et le destin de toute une famille chavire.
« Celle-ci c’était notre maison. Juste en bas c’était celle du saint Sidi Mehrez. Ce dernier, dit-on, est venu de Tunisie » nous dit-il tout en pointant l’index de sa main droite frêle, tantôt sur la maison de ses aïeuls, tantôt vers d’autres habitations, dont il garde toujours en mémoire les noms de leurs propriétaires, notre interlocuteur regrette l’état actuelle de la Kalaâ. Sur les photos exposées, il apparaît clairement qu’elle est, il est vrai, en ruine. Un état des lieux qu’il regrette avec une pointe d’amertume. Ecoutons-le : « Regardez notre maison elle est en ruine. Vous voyez là il n’y a que les murs extérieurs qui sont encore debout. Je souhaite que la Kalaâ soit reconstruite. Si c’est possible nous voulons y contribuer même si on a fait notre vie ici à Relizane. Pour preuve, aussitôt arrivés dans la région, nos parents ont bien négocié le tournant. Les plus grands commerçants d’ici sont originaires d’Ath Abass, n’empêche que la sauvegarde de notre patrimoine matériel prime sur tout autre chose. «
Il convient de signaler à propos de la restauration des sites historiques de la wilaya de Béjaïa que la direction de la culture a inscrit la kalaâ d’Ath Abass parmi tant d’autres chantiers dans son programme 2009-2014 portant restauration des sites historiques. Un brassage compromettant Dans un tout autre chapitre, Dda Belkacem nous fait part de ses inquiétudes quant aux valeurs et traditions kabyles qui commencent à disparaître au fil des années à Relizane du fait surtout des brassages ethnique et culturel.
Relizane, une ville ‘‘clean »
C’est ainsi que les générations d’aujourd’hui ne parlent pas couramment le kabyle comme c’est le cas des anciennes générations à l’image de notre interlocuteur. Il en est de même, de la pratique matrimoniale où le choix d’un partenaire socialement proche, comme ce fut le cas dans le passé, n’est plus d’actualité, selon notre interlocuteur. » Avant le choix du conjoint ou de la conjointe se faisait entre les familles d’Ath Abass établies ici à Relizane. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les jeunes ont gagné leur autonomie financière et cela a fait en sorte qu’on ne peut plus leur imposer de prendre tel époux ou telle épouse. On aurait aimé perpétuer la tradition mais ça nous dépasse du fait de l’impossibilité d’enjoindre à quelqu’un de prendre pour épouse ou époux quelqu’un de sa lignée. Ça nous fait vraiment de la peine… » explique-t-il sur un ton de consternation à peine audible. Au cours de la discussion Dda Belkacem nous a fait également savoir que le grand père du colonel Amirouche avait une armurerie où il fabriquait des armes et son père tenait un commerce d’épices au centre ville de Relizane. Le commerce, assure-t-il, est toujours ouvert. Il convient de signaler que nos tentatives de localiser le lieu ont été vaines. Il n’en reste, cependant, que les dires de notre interlocuteur qui ont été confirmés par plusieurs citoyens de la région que nous avions interrogés au sujet de la boutique de la famille Ait Hammouda.
29 octobre 2008. Placette principale de Relizane. Il était 9h30. Les intérieurs et les terrasses des trois cafétérias du lieu étaient pleins. C’est le moment des grands rush pour le café avant l’entame de la journée. Les gens ici ne rechignent pas pour s’attabler. Il en va d’ailleurs ainsi dans toutes les villes du pays. Rien ne vaut une table de terrasse avec vue sur le boulevard. La placette est également un vaste jardin public verdoyant et ‘‘clean » qui fait face à la mosquée El Noor. Une ancienne église transformée en mosquée. Sur le boulevard principal de la ville la circulation automobile était ce jour là fluide. L’on ne klaxonnait pas sans raison. A noter à ce propos que pratiquement tous les carrefours de la ville sont dotés de feux tricolores contrairement aux carrefours de Bejaia où il n’y a aucun feu tricolore. Les trottoirs grouillaient de monde. Le ciel était dégagé et l’air était un peu frais. Les citoyens, mines joviales, vaquaient à leurs occupations. Jolie, pas grande, clean, ville de jardins, constructions horizontales… Relizane. Comment ne pas être tenté d’enjamber la ville de bout en bout pour découvrir les mystères d’un éventuel ‘‘kenz ». Le visiteur marche en fredonnant ses mélodies et rien ne viendra rompre ses rêveries même pas le bourdonnement des rues commerçantes.
La Kabylie au pluriel 17h 30. Salle de cinéma « Dounia Zed » ex « REX ». C’était le jour de clôture de la semaine culturelle de Bejaia à Relizane. Au programme un méga-concert avec Louiza, Azifas et Kaci Boussaâd. Avant le gala de clôture deux films de Azzedine Meddour, à savoir la « douleur muette » et « Hna Fi Hna » ont été projetés. La salle était archi-comble. Il y avait des vieux, des vieilles, des jeunes et des moins jeunes, bref toutes les tranches d’âge. La Kabylie dans ses traditions d’autrefois était ce jour là présente. Une Kabylie qui a été chantée par Louiza, présentée en chorégraphie par le ballet de danse « El Wiam », dont les membres de la troupe ont su mettre en valeur tout ce qui est kabyle : tradition et art culinaire, la femme dans son rôle d’entremetteuse et de transmetteuse du patrimoine culturel : langage, poésie, contes… le vieux, dos courbé, qui revient après une dure journée de travail dans les champs. Une Kabylie bercée sur un air mélodieux par l’orchestre de musique « Tilanya ». En un mot une Kabylie conjuguée au pluriel. Il ne manquait ce jour-là qu’une maquette reproduisant la maison kabyle avec son « askif, son kanoun, ses ikoufen, son asrir, sa tekana ou taâricht » pour que la Kabylie soit présente au complet à Relizane. Mais voila que Nna Wardia, originaire d’Iboudraren dans la wilaya de Tizi Ouzou, était là pour retoucher l’imperfection de la caravane de Bejaia. Avec la voix rauque d’un certain Kaci Boussaâd du groupe ‘‘Idurar », le rideau de la semaine culturelle de Béjaïa à Relizane est baissé le 29 octobre dernier à 20h50mm.
D. S.
