L’enseignement de tamazight à la traîne

Ainsi, les quelques enseignants qui prennent à bras-le-corps cette langue disent que les directives envoyées par le ministre de l’Education ne sont pas appliquées à la lettre. « Au lendemain de l’introduction de notre langue dans le système éducatif. Une circulaire du ministère de l’Education nationale stipulait que chaque année il y aura 10% du personnel existant qui sera recruté, mais malheureusement, on constate que ce n’est pas le cas ; au contraire, il y a une régression quand on sait que les élèves, qui ont eu de très bonnes notes à l’examen du BEM, ne trouvent plus tamazight au lycée », nous a confié un pionnier de cet enseignement. Notre interlocuteur a bien raison car nombreux sont les élèves qui ont montré une grand volonté dans l’apprentissage de tamazight, mais ils sont découragés dès qu’ils sont au lycée.

« Nous étions très contents quand nous étudions notre langue au collègue. Une fois au lycée, il n’y a plus de tamazight. Pourtant, j’ai eu 17/20 au BEM », nous a déclaré une fille admise au lycée Hamdani Saïd où tamazight n’est pas encore inscrite dans la carte scolaire, contrairement au lycée Ali Mellah. Pour l’enseignement moyen, on compte sept collègues sur quatorze CEM que compte la daïra où des professeurs y sont affectés. Alors que dans la région de Tizi Ghennif, elle est enseignée uniquement dans un seul collège.

« Nous ne comprenons rien à ce sujet. Pour l’année du boycott, nous l’avons suivie comme tous les autres, mais à la fin nos enfants n’ont aucunement bénéficié de cette langue pour laquelle se sont sacrifiés des militants de cette cause », tel est l’avis d’un militant du mouvement berbère.

Beaucoup de personnes sont de l’avis de ce dernier à telle enseigne qu’elles pensent que sa constitutionnalisation n’est qu’un leurre. Alors que du côté officiel, on dit que même des postes sont ouverts au primaire. A ce sujet, ceux qui sont sur le terrain disent que le nombre d’écoles primaires bénéficiant de cet enseignement se comptent sur les doigts (d’une main), mais qu’aussi le volume horaire confié à un seul enseignant parfois assurant cet enseignement dans deux écoles différentes lui rend la tâche difficile. « Dispenser des séances de quarante-cinq minutes par jour pour une classe et presque toujours à la fin de la journée pour des enfants de dix ans est comme si on prêchait dans le désert. Avec la multiplication des matières, les élèves sont exténués à tel point qu’ils ne se concentrent plus », telle est la réponse d’une enseignante affectée au primaire. Cela étant, le constat fait au sujet de cet enseignement est amer après quatorze ans d’expérimentation qui n’en finit pas. En définitive, Tamazight n’est pas encore sortie de l’auberge, même si elle est institionnalisée.

Amar Ouramdane