Comme un peu partout en Haute Kabylie, la poudreuse s’est aussi posée sur les hauteurs de Bouira culminant à plus de 800 mètres d’altitude. Le tableau est sans doute beau, d’autant plus qu’il est agrémenté, de temps à autre, de belles éclaircies. Seulement, cette beauté formelle n’est pas forcément appréciée outre mesure par tous les Imesdurar (montagnards). En fait, eux, c’est avec la peur au ventre qu’ils accueillent les premières chutes de neige.
Le triste souvenir des hivers rudes, notamment celui de 2004/2005, est encore vivace. On se rappelle tous de ces hameaux et villages qui, pendant cet hiver et durant une bonne semaine, étaient coupés du monde, de la… « vie ». Rien ne roulait sur les routes obstruées par la neige et la gadoue.
Pour s’approvisionner, les villageois – ceux, bien entendu, qui ne sont pas loin des centres urbains – n’avaient d’autres choix que de se déplacer à pied.
Les plus éloignés se sont rabattus sur le moyen le plus sûr de locomotion : les bêtes de somme. Mais la situation devient dramatique dès lors qu’il s’agit d’une urgence. C’était le cas, rappelons-le, de cette jeune femme de la région d’El Hachimia sur le point d’accoucher et qu’on évacuera, faute de mieux, à dos de mulet vers l‘hôpital. La jeune femme ne survivra pas.
D’autres cas plus tristes les uns que les autres avaient été aussi signalés ça et là à travers les villages de Bouira. Des familles entières en provenance de l’Est et de l’Ouest du pays avaient étaient bloquées au niveau de la RN 5. Fort heureusement pour elles, l’élan de solidarité s’était spontanément et tout de suite manifesté. Ces familles ont été prises en charge, le temps que la situation se débloque, par les populations des daïras de Bechloul et de M’chedellah. Sinon, aucun centre d’accueil n’a été prévu par les autorités locales en prévision des… prévisions météorologiques. Cela viendra dans la précipitation, un peu plus tard. Et à ce propos, force est de constater que les responsables locaux ne semblent pas accorder de l’intérêt aux bulletins météorologiques. Autrement, ils auraient pris les devants en mettant en place les mécanismes à même de pallier tant bien que mal et au bon moment à la situation de blocage. Cela passe par l’apprivoisement des zones reculées en matière de gaz et, surtout, d’affectation d’engins et autres bulldozers au niveau des routes principales reliant les villages aux centres urbains. Les chutes de neiges enregistrées depuis mercredi derniers se sont confinées dans les sommets de Bouira. Jusque-là, on est loin de la situation 2004/2005. mais l’hiver ne fait que commencer. Il est donc demandé a l’autorité locale de prendre les devants. Ce qui ne va pas sans la « culture de la prévision ».
T. O. A
