Marée humaine au mausolée de Sidi Sahnoun

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La fête de l’Achoura a toujours eu une place prépondérante dans la tradition en Kabylie, particulièrement dans la daïra de Mekla où les mausolées bénéficient d’une affluence de visiteurs durant pratiquement trois journées qui semblent bien courtes pour la gent féminine qui s’en donne à cœur joie. C’est l’occasion de revêtir ses plus beaux atours et de prendre le chemin de la « randonnée » à travers les villages, passant d’un lieu à un autre selon l’affluence trouvée sur place.

Ait Khellili ne manque jamais à ses habitudes. Le village de Ait Kheir, aux frontières de la commune de Ait Khellili vers Ain El Hammam, beaucoup plus renommé pour sa poterie traditionnelle, semble « envahi » par les visiteurs. La troupe de « Idhebalen » ne peut même pas se permettre une petite pause, tellement la sollicitation du public est assidue et insistante.

Agouni Bouafir, village sis sur les hauteurs de la commune de Mekla, n’a pas manqué de « sortir » l’emblème du village pour la tournée traditionnelle à travers toutes les ruelles du villages, sachant que, dans la soirée, les adultes rivalisent avec les enfants pour le fameux « Bouafif », une quête à travers tout le village pour la « récolte » des œufs, crêpes ou autre dons en nature ou en espèces. Les masques recouvrant les visages des enfants — de certains adultes aussi — semblent surgir d’un passé lointain qui ne semble pas si révolu que ça.

Bien sûr, la procession de femmes, enfants et jeunes hommes ne cesse de s’étendre. Ne faut-il pas rappeler que c’est aussi l’occasion pour les jeunes célibataires des deux sexes de nouer des liens qui, chacun l’espère, mèneront à la « Fatiha » ? C’est à qui s’apercevra, enfin, de l’existence de l’autre, le futur ou la future, l’âme sœur qui hante le sommeil de tous et de toutes.

Thala Meziene a bénéficié des soins de la population de Djemaâ Saharidj pour sa rénovation et sa remise à neuf. Thala Moqran profite de l’occasion pour reprendre sa place d’aînée, elle qui abrite la mosquée du quartier de El Mahsar. Les « telba » (étudiants coraniques venus de divers horizons) ont prêté main forte aux citoyens du village pour offrir un « repas substantiel » à tous les visiteurs, hommes, femmes et enfants. Les membres du Comité de quartier se sont « réquisitionnés eux-mêmes » pour la réussite de cette cérémonie, en compagnie de l’imam pour donner la bénédiction à chaque offrande. Il faut surtout rappeler que les dons ont été consistants, des citoyens offrant qui un mouton, qui un bœuf, qui un plat de couscous tout préparé. La caisse du Comité a été sollicitée pour les légumes.

Il a fallu recourir aux services du cuisinier du lycée, expérimenté et seul capable de réussir cette gageure. La stèle du révolutionnaire « Aissat Idir » ne pouvait tourner la tête pour contempler ces deux fontaines ancestrales qui le côtoient, l’une sur la gauche, l’autre sur la droite.

Le mausolée de Sidi Sahnoun a vu une foule chamarrée se bousculer entre les tombes. Il fallait le doigté des organisateurs pour recevoir tout ce monde dès les premières lueurs de l’aube. Des plats de couscous garnis étaient offerts et les enfants s’en sont donné à cœur joie.

Dans la commune de Souama, les mausolées ont bénéficié de la même attention, certains villages organisant « Thimechret » pour l’occasion. Cela consiste en l’immolation de bœufs et, comme l’a précisé un vieux du village, « chaque famille aura le même repas que tous les autres ce soir ». un sens de la solidarité poussé à son diapason. Le mauvais temps n’a pas empêché les routes, les rues et les ruelles de se remplir. Cela n’a pas empêché les domiciles familiaux de se vider. Dda Ahmed, un vieux pour qui « Taâchourth » est un jour comme les autres, rappelle que « c’est le seul jour de l’année durant lequel, si je veux un repas chaud, je dois participer à ce … pèlerinage. Sinon, ou je le réchauffe moi-même, ou j’ai droit à un repas froid. Tant pis, je ne changerai pas mes habitudes pour autant ! »

Sofiane Mecherri

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