Alors qu’on pensait que la livraison de l’autoroute Est-Ouest était imminente, voilà qu’on apprend que des parties importantes de l’ouvrage sont encore susceptibles de modification. A un stade si avancé des travaux on ne savait donc pas encore si, en matière de remparts de sécurité, il fallait opter pour des barrières en béton ou des glissières métalliques. En la matière, le moins qu’on puisse dire est que l’étude n’a pas été faite avec le sérieux professionnel et la rigueur technique nécessaires. La décision a donc été prise de renoncer à ce qui a été initialement prévu : remplacer les glissières métalliques par des barrières en béton plus sûres paraît-il. La décision, prise à ce niveau de la réalisation du projet, est assez grave, mais on ne l’aurait sans doute jamais su si une entreprise publique, dont l’avenir immédiat est manifestement dépendant du marché acquis dans le cadre de la construction de l’autoroute, n’avait pas lancé son pathétique SOS. Tubprofil, une filale de Anabib, devait donc fournir les fameuses glissières. Ce marché portant sur un tronçon de 530 km (Bordj Bou-Arriridj – frontières tunisiennes) est d’un coût de deux milliards de dinars. Les responsables de cette entreprise le disent clairement, Tubprofil est promise à une mort certaine et le marché de l’autoroute était une sacrée perfusion. Sacrée, mais perfusion quand même, ce qui fait de la résiliation de son contrat, depuis qu’on a préféré le béton au métal, un véritable retour vers la mort.
On pensait que nos autoroutes à construire avaient la même vocation que toutes les autres autoroutes de par le monde, rapprocher les zones de grande activité, développer les flux commerciaux et désenclaver des régions qui ont des atouts à faire valoir. On découvre que l’autoroute Est-Ouest devaient d’abord tenir en respiration artificielle des entreprises moribondes.
Et c’est au nom de ce « droit » que les dirigeants du Tubprofil crient à l’injustice. Il est significatif que dans le « débat » sur cette affaire, il n’est déjà plus question d’efficacité, de performance et de prix, mais d’un fournisseur-c’est quand même de ça qu’il s’agit qu’il faut sauver de la banqueroute !
Il en est ainsi du ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements, qui ne fait pas partie du dernier carré de socialistes, appelant son collègue des Travaux publics à revoir sa décision, en évoquant non pas quelque argument technique, commercial, environnemental ou sécuritaire, mais » pour ne pas mettre en danger l’avenir d’une entreprise qui emploie des centaines de personnes ». Une entreprise qui n’a pas pu s’en sortir alors qu’elle est en situation de quasi-monopole depuis sa création, peut-elle être sauvée par un marché ?
S. L.
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