n Par Samia A. B.
Du moins, cela dépend des coins ! Même si la ville de Tizi-Ouzou n’est pas immense, tout change d’un quartier à un autre. Quelques mètres peuvent changer la donne. Et les mentalités ne sont pas les mêmes partout. Mais samedi dernier, tous les couples semblaient heureux. Ils ne sont pas nombreux à l’afficher au grand jour. Un tour en ville nous renseigne, néanmoins, que cette fête s’inscrit désormais, même en douce, dans les traditions tizi-ouzéennes.
Les salons de thé et autres restaurants sont bourrés de couples. Il n’est plus question de se mettre en groupe un 14 février, notamment du côté des salons de thé limitrophes à l’université où se mêlent et s’emmêlent de nombreux groupes d’étudiants. Si, auparavant, l’important était de trouver une chaise libre, samedi dernier, l’exigence est devenue une table pour deux, isolée du brouhaha si possible ! Certaines roses rouges sont fièrement « exhibées » par les heureuses élues, certaines sont fourrées dans les sacs à mains ou au fin fond du cartable, par pudeur ou par crainte de croiser un frère jaloux, un père sévère ou même un voisin indiscret.
Les oiseaux se cachent pour…s’aimer
« Je cache ma rose parce que j’ai peur de croiser mon frère. Si je peux lui faire gober que mon copain est juste un camarade de fac, ce qui n’est déjà pas très facile, quelle histoire voulez-vous que je lui raconte concernant la rose ? Même à la maison je n’ai pas le droit de la mettre dans un vase. Tout le monde me poserait des questions. N’étant pas une grande adepte des roses et surtout n’étant pas assez riche pour m’en offrir tout le temps, histoire de les habituer à voir défiler des roses à la maison avant la St-Valentin. Je suis obligée de la mettre à sécher entre mes bouquins.
Mais je la garderai très longtemps comme souvenir de cette journée », nous confie Farida, 21 ans, étudiante en biologie. Ce que regrette Farida c’est le fait d’avoir «gâché» la journée de son amoureux. Lui, avait programmé une journée au bord de la mer. Ce qu’elle ne peut se permettre par peur de « tomber » sur son frère. « Il est partout où je vais. S’il me croise alors que je suis loin de l’université (mes cours constituent mes seules et uniques sorties) je n’aurai aucune explication à lui donner », regrette Farida qui dit, néanmoins avoir passé une bonne journée même cloitrée dans un coin d’un salon de thé. La seule présence de son Jules la console et la comble.
C’est beau l’amour ! Si la peur anime Farida, c’est la pudeur qui est à l’origine de la fête ratée de Hayet. « A force de dire non à tout ce qu’il propose, mon copain s’est fâché et m’a fait la tête tout l’après-midi. J’ai fini par tout gâcher quand j’ai froissé le bouquet de roses qu’il m’a offert pour le faire entrer dans mon sac. Il a beau me dire que j’exagère, j’ai l’impression que le reste du monde épie le moindre de mes gestes. Je suis de nature très timide. Et je ne peux rien y changer. Ma fête est gâchée ! », raconte Hayet même si à la fin de la journée l’atmosphère s’est adoucie entre elle et son amoureux.
Quand liberté rime avec amour
Comme Hayet et Farida, elles sont nombreuses à s’être cachées et à avoir fait des siennes pour fêter la St-Valentin le plus discrètement possible. Chacune sa motivation et chacune son histoire. Mais elles sont nombreuses à avoir vécu au grand jour, ne serait-ce que le temps d’une journée, leur histoire d’amour. C’est tendance, ces dernières années. C’est la grande révolution de l’amour. Et c’est tant mieux ! Elles sont belles, coquettes, une grande assurance les anime, des filles aux bras de leurs amoureux déambulent librement dans les rues et artères de la ville. Qui pour rejoindre le resto élu pour la fête, qui juste pour profiter du beau temps. « Ce n’est pas parce qu’on traine dans les rues depuis deux heures qu’on ne fête pas la St-Valentin. C’est juste une manière de se retrouver seuls, loin des bruits insupportables des cafés et salons de thé. Et puis, je ne vois pas de raison valable pour nous enfermer dans un endroit alors qu’il fait aussi beau à l’extérieur.
Le seul hic, c’est l’absence des jardins publics. On y aurait fait une petite halte. Sinon on marche, on papote et on se dépense. Chacun sa St-Valentin ! », nous dira Khaled, 29 ans, employé. Il est évident que Nacima, sa dulcinée, n’a pas un frère comme celui de Farida ! Djouher aussi semble ne pas avoir de contraintes familiales. Elle a choisi de faire du lèche-vitrine avec son soupirant. « Je me sens un peu mal parmi ces jeunes couples dans les salons de thé et pizzerias. Et puis, vu ce que sont devenues les pizzerias dans certains quartiers, je préfère errer dans les rues plutôt que d’être taxée à la sortie d’un de ces commerces. Avec mon fiancé, nous avons choisi de faire les vitrines et de choisir, du coup, ensemble nos cadeaux respectifs. On a fait une halte dans une gargote pour casser la croûte et nous désaltérer. Et nous reprenons nos courses. Il m’aide aussi à faire mes achats pour le mariage. C’est pour bientôt. Nos St-Valentin seront peut-être différentes à l’avenir ! », espère Djouher.
Coquetterie féminine
Samedi matin, il fallait jouer des coudes pour se faire une place dans certains salons de beauté de la ville. Certaines jeunes filles ont l’air d’avoir passé la nuit devant le local. « Je n’ouvre qu’à 9 h. D’habitude j’ai le temps de faire du rangement, même de prendre un petit café, histoire de démarrer convenablement la journée avant la première cliente. Ce matin, j’ai été surprise de trouver deux clientes m’attendant avant même l’ouverture du salon. Pour ne pas perdre de temps et devoir traverser la ville plus tard dans la journée, ma cliente, accompagnée de sa sœur, a préféré se faire belle le matin avant d’aller à son travail.
Le défilé n’a fait que commencer. Depuis quelques années, les St-Valentin et les veilles de cette fête sont souvent des journées très chargées. Les filles prennent soin d’elles. Et c’est génial », nous raconte Razika, propriétaire d’un salon de beauté au centre-ville. D’après elle, les jeunes filles ne font pas que se coiffer, elles profitent de cette journée pour essayer d’autres soins et services. Tout y passe. Coupe de cheveux, brushing, changement de couleur, make-up, épilation et soins du visage. Certaines clientes demandent même des massages. Histoire de se relaxer avant leur entrevue avec les élus de leurs cœurs. Certaines s’y prennent quelques jours avant pour un essai de couleur ou de coiffure, selon Razika. Une manière d’éviter les mauvaises surprises.
Jeunes et tout simplement amoureux
Cupidon a-t-il sciemment visé les 15/20 ans, ou serait-ce juste dû au fait que cette tranche d’âge s’assume désormais plus que d’autres générations ? Les teenagers tizi-ouzéens ne se gênent pas de flâner en couple. Grace à eux d’ailleurs, nombreux sont ceux qui les « calquent » parmi les anciennes générations. Ils sont jeunes, beaux et amoureux. Ce sont les nouveaux adolescents de Tizi-Ouzou. Tous les coins sont bons pour papoter entre amoureux. Pour cette St-Valentin, on les a croisés dans les snacks et pizzerias branchés.
On les a croisés dans les rues à rôder en couple, main dans la main comme si le monde n’appartenait qu’à eux seuls. On les a aussi croisés, assis à même le trottoir à parler de musique et de leurs idoles respectives. Aucune règle n’est de mise et ils ne respectent aucune loi surtout pas celles qui régissent l’amour dans notre société. L’amour c’est tous les jours qu’ils le vivent. Si Cupidon est un jeune ange, la jeunesse semble synonyme d’amour. Et elle l’est à Tizi.
Les séniors aussi !
Si les jeunes raflent la vedette durant la fête de l’amour, ce denier n’est pas un bien propre à la jeunesse. L’amour touche tous les âges. Il dure aussi et survit au temps et aux tempêtes. Ils sont nombreux, parmi les séniors, à accorder de l’importance à cette fête. Si certaines mamans se contentent d’une rose ou d’un cadeau de la part de leur enfant, une tradition qui commence à pointer du nez ces dernières années, initiée par de jeunes garçons soucieux de la parité entre maman et femme, d’autres plus exigeantes demandent une vraie fête à leurs conjoints. « Depuis que nous sommes mariés, mon mari offre une rose et un cadeau à sa maman au même titre que moi. Cela ne me dérange nullement, au contraire je trouve cela très touchant. Ma belle-mère est tellement gentille que je pourrai lui refiler mon propre cadeau. Et puis elle est veuve, donc, personne pour lui faire un geste », nous raconte Zahia, 35 ans, sage-femme.
La belle-maman de Zahia semble être une exception. Celle de Hassiba a exigé de son mari des cadeaux, dès qu’elle a vu son fils en offrir à sa femme. « Elle a piqué une crise dès que je lui ai montré mon cadeau et que je lui ai parlé de la St-Valentin dont elle ignorait l’existence. C’est de ma faute.
Mon mari m’avait prévenue. Mais je ne l’ai pas écouté et j’ai voulu partager ma joie avec elle. Ma belle-mère a alors droit à sa St-Valentin depuis mon mariage. Je quitte ma belle-famille dans quelques semaines. Nous avons loué, mon mari et moi en ville pour être plus proches de l’entreprise où travaille mon mari. On verra dorénavant s’ils se souviendront de la St-Valentin », ricane Hassiba. Par jalousie de la belle-fille ou tout simplement par amour de leur moitié, certains couples séniors célèbrent, donc, eux aussi, la fête de l’amour. Parmi les habituées des salons de beauté, notamment durant cette St-Valentin, les dames âgées sont nombreuses. Les hommes âgés sont également nombreux à visiter les boutiques et autres parfumeries, ce jour-là. Par pudeur, ils ne sont pas nombreux à s’exhiber. Ils optent plutôt pour la discrétion. Ils ont le choix, eux ! La plupart sont mariés et ont un toit sur la tête !
S. A-B.
