« Le niveau technique ne peut évoluer qu’avec celui des entraîneurs et des arbitres »

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous retracer votre long parcours d’athlète et d’éducateur ?

Messaoudi Djoudi : Je suis ménager du MB Béjaïa depuis une dizaine d’années, j’étais ancien athlète au NAR Béjaïa (Sonatrach) de 1970 à 1973 dans la spécialité demi-fond (10000 m). Après la dissolution du NARB, on a opté pour la CASOREC jusqu’à 1974 en tant qu’athlète et entraîneur, date de la dissolution de ce club. Après cette date, un groupe de sportifs, dont je fais partie, a sollicité le MOB et la JSMB et c’est le MOB qui a répondu favorablement pour créer une section athlétisme au sein de ce club, après la reforme sportive de 77/78, le MOB est devenu MBB jusqu’à la disparition du code d’EPS, plusieurs associations ont repris leur anciens sigles et nous, nous sommes restés avec le MBB jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai pas pu décrocher de titres car j’ai débuté directement dans la catégorie senior.

Quel est l’état des lieux du club techniquement parlant ?

Cela fait 3 ans maintenant que le MBB se classe 2e derrière le GSP (ex MCA), on ne peut pas se comparer au MCA avec nos moyens qui sont dérisoires, que faire avec 220 millions de centimes devant une équipe qui dépense jusqu’à 2 milliards de centimes, il est impossible de rivaliser avec ce club.

Un autre fait est à signaler aussi, c’est que tous les athlètes du MBB sont issus de la commune de Bougie alors que le MCA avec ses moyens, dispose des meilleurs athlètes à l’échelle nationale, ajouté à cela aussi le caractère de formation du club car chez nous on ne recrute pas en dehors de notre région.

Avez-vous les moyens de votre politique

On en manque énormément, car pour bien former les athlètes, il faut au moins 4 entraîneurs au niveau des écoles, pour avoir un bon groupe d’avenir, il nous faut au moins 100 jeunes athlètes pour espérer dénicher une vingtaine de bons athlètes de haut niveau.

Plusieurs athlètes formés ici à Béjaïa quittent les clubs locaux pour le GSP, un mot sur ce phénomène ?

Sur le volet technique et formation, le grand perdant est l’entraîneur car il faut avoir un athlète de haut niveau pour découvrir les grandes compétitions telles les JO, la Coupe du monde ou les meetings internationaux. Ce fléau est un grand désavantage pour le coach béjaoui, car quand il voyage, il est en contact avec des entraîneurs étrangers et il veut apporter de l’expérience à notre commune et à notre wilaya, nous ne cherchons pas de l’argent mais quand on reste enfermé ici à Béjaïa, on stagne et on n’avance pas et celui qui n’avance pas recule.

La nouvelle équipe fédérale a décidé que chaque athlète international devrait être accompagné par son coach, un mot là-dessus ?

Ce n’est pas suffisant car l’athlète change de club dés qu’il atteint un certain niveau et il n’est plus dans son club formateur et son entraîneur d’origine ne bénéficie pas des longs stages, c’est avec des stages de 2 à 3 mois à l’étranger que le coach pourra parfaire la préparation, donc pour résumer ce point, je dirais que c’est la durée du stage qui est plus importante car à quoi bon accompagner un athlète pour 2 à 3 jours seulement à l’étranger.

Je souhaite aussi la programmation des recyclages pour les entraîneurs, avec la participation d’experts étrangers pour les différentes disciplines, pour faire bénéficier les entraîneurs des nouvelles techniques et les athlètes tireront profit.

Il y a aussi le volet arbitrage qu’il ne faut pas négliger. Il faut créer un certain équilibre de niveau entre les athlètes et les entraîneurs car une petite erreur d’arbitrage peut briser un athlète qui prépare des joutes importantes, j’espère que la nouvelle équipe au sein de la fédération se penchera sur ce volet car le niveau technique ne peut évoluer qu’avec celui des entraîneurs et des arbitres.

Quel est l’avenir de l’athlétisme béjaoui et national ?

D’un côté, je suis inquiet car actuellement on est au sommet et j’espère que la nouvelle génération se sacrifiera plus pour au moins se maintenir à ce niveau sinon on risque de suivre le mauvais chemin comme l’athlétisme oranais ou constantinois. Avec la nouvelle équipe fédérale qui renferme beaucoup de compétences et qui a plusieurs objectifs pour l’avenir de la discipline, car je pense que la compétence humaine existe avec un bon plan d’action pour l’avenir mais à condition qu’ils les laissent travailler, la Ligue et les clubs de Béjaïa soutiennent cette politique de la fédération, malgré son installation depuis peu, ils commencent à redresser la barre mais ça reste très difficile.

Quel est votre dernier mot, Dda Djoudi ?

A l’époque, le MBB était le seul club dans la wilaya et on était obligés de chercher des athlètes d’un peu partout au niveau de la wilaya mais maintenant, plusieurs clubs ont vu le jour avec à leur tête des anciens athlètes, je suis contre la politique de centralisation et notre championnat de wilaya a un très bon niveau grâce à l’émergence d’autres athlètes des communes telles Souk El Tenine, Sidi-Aich, Amizour, Chemini….

Dans les années 70/80, au cours des championnats d’Algérie, la concurrence était rude et le vainqueur n’était jamais connu d’avance parce qu’il y avait plusieurs clubs d’un peu partout, il faut aussi que les autres wilayas comme Constantine, Oran ou Sétif reviennent à leur niveau des années 70/80.

Je remercie beaucoup votre journal, la dépêche de Kabylie, et vous en particulier pour tout ce que vous faites pour la discipline au niveau local, vous êtes entrain d’accomplir un travail de formidable.

Entretien réalisé par Zahir Hamour