La salle de cinéma 20-Août 1956 d’Akbou a abrité, comme prévu, une conférence portant sur le « témoignage sur Mohamed Haroun » organisé par l’association Club Tamusni d’Akbou et animée par Ahcen Cherifi et Metref Ramdan qui ont écopé respectivement de 10 et 12 ans de prison dans l’affaire dites des « poseurs de bombes » en 1976.
Une quarantaine de personnes était présente dans la salle, « l’absence de certains amis » du regretté Haroun a été remarquable. Après une brève présentation d’une biographie de Mohamed Haroun, les conférenciers, « compagnons de luttes de Haroun », ont loué, tour à tour, les qualités de l’homme en le qualifiant d’exceptionnel et de militant invétérant. Lors des débats, dressés les uns contre les autres dans un tumulte idéologique emprunt de poudre, des intervenants ont soutenu que le défunt voulait prendre un autre nom que celui de Mohamed alors qu’un autre a soutenu le contraire en affirmant qu’il écrivait son nom avec deux « m ».
Replongeant dans le contexte des années 1970 et prenant l’assistance de vitesse, les conférenciers n’ont pas exclu que les fils de l’affaire dite des « poseurs de bombes » soient cousus à l’extérieur du pays, en France, affirment-ils. En effet, persévérant dans leur incroyable déballage, Ramadan Metref affirme qu’il « cherche toujours à comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire », alors que Cherifi Ahcen, affirme lui : « Smaïl Medjber, l’instigateur de l’affaire, de retour d’un voyage en France où il est allé se soigner, avait proposé l’affaire des bombes ! » en insinuant la thèse d’un complot tramé, avec la complicité d’un harki, depuis l’étranger. Evoquant implicitement le problème des libertés « mises sous scellées » sous le régime de Boumediene, le conférencier affirme : « Face à une porte qui refuse de s’ouvrir, le recours à la violence est la seule alternative envisageable ! Aussi, nous avions pris part à cette affaire et, si c’était à refaire, on ne rechignerait pas ! » Toutefois, reconnaissant qu’ils ont été naïvement manipulés, le conférencier dira : « Si j’avais eu à récidiver, j’aurais été rusé et aurais fait preuve de beaucoup de prudence ! ».
Ainsi, la thèse de « la main étrangère » avancée depuis toujours par l’Etat algérien se trouve, en un tour de main, confortée par des acteurs impliqués et condamnés dans l’affaire dite des « poseurs de bombes ».
Loin d’un débat serein autour de la vie, de l’œuvre, de la pensée et de l’intelligence que fut Mohamed Haroun, une atmosphère des plus tendues où l’anathème était sur beaucoup de lèvres régna à la salle du cinéma « 20-Août 1956 » en ce vendredi 22 mai, jour de commémoration du 13e anniversaire de son décès, et Akbou rate de la sorte, encore une fois, l’occasion de réhabiliter, de rafraîchir et de transmettre à la descendance la mémoire de l’un de ses fils.
B. Sadi
