Il y a ceux, parmi les heureux, qui jubilaient à perdre haleine, ceux qui ne se souviennent même plus des buteurs et ceux qui préparent déjà le match prochain face au Rwanda. Hormis les premiers, au demeurant sincères et spontanés, ni les seconds, encore moins la catégorie restante ne présentent un intérêt exclusivement sportif. Ceux qui sont sortis dans la rue, ou tout simplement poussé le hourra de la victoire, sont ceux qui ne plaisantent pas avec les couleurs, avec le droit d’avoir le droit de se sentir fier au moment où tout les pousse à la neurasthénie. Et où l’idée même de revendiquer le plus singulier des droits se voit soluble sinon par l’interdiction de l’oser, en tout cas, par la crainte de se retrouver esseulé, voire inhibé par le silence, généralement admis ou forcement imposé. Donc, devant ce déferlement de masses humaines où les drapeaux, par milliers, se disputaient l’espace, l’on se surprend à imaginer tous ces scénarii, autour d’un idéal, dont sont incapables ceux chargés de les produire par leurs discours aussi creux qu’une cruche en route vers la fontaine. Alors, on se demande : à part le football, qu’est-ce qui peut bien déclencher une telle euphorie collective ? On remarque, curieusement, que parmi les foules, et ce non seulement à Alger, pas le moindre attribut, ni signe distinctif de ceux qui, des années durant, n’ont cessé de marteler, quitte à faire usage de prohibition, que les joies d’ici bas, sont aussi éphémères qu’un soupir. Ou étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Au fait, ont-ils sauté de joie comme nos mères qui ignorent, pour certaines, que cette discipline se joue à onze? Se seraient-ils donc mis en aparté pour mieux se désolidariser de cette belle preuve que l’Algérie n’est peut-être pas l’éden, mais que le pire est derrière nous. Car, après tout, et à voir de près, si la joie est de retour, l’espoir renaît. Et quand l’espoir frappe à la porte, la nébulosité se dissipe. Et le terreau de ces gens-là perd, ou mieux se vide de sa fertilité. Devant cette position commune des avant-bras tendus et des poings serrés pour dire que l’Algérie est aussi capable d’être l’hôte de Mandela et l’inverse relève de l’histoire récente. Une seule conclusion s’impose : l’amour est peut-être aveugle, mais pas muet. Ce pourquoi le silence de ceux qui criaient, à tue-tête, que l’Algérie sera «islamique ou ne le sera pas» est la preuve que «leur» patrie n’est pas forcément la nôtre et que leur Idéal est loin d’être le nôtre. On ne peut les approuver, encore moins les comprendre. Et pour nous rassurer qu’y a-t-il de mieux que ces échos parvenus du pays profond à la suite de cette victoire ?
Ferhat Zafane
