Les raisons d’un phénomène

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La solidarité, l’entraide et toutes les autres formes de fraternité connues, jadis en Kabylie, en prennent un sérieux coup. Ainsi, défendre les intérêts de son village est une mission pour chaque villageois, mais arriver jusqu’à exprimer son appartenance à un groupe social d’une manière violente nous laisse perplexes.

Cette forme de violence vient s’ajouter aux autres formes de brutalité qui font leur apparition en Kabylie, devenue une région infréquentable vu la violence tous azimuts qui ternit de jour en jour son image. La violence est un phénomène nouveau en Kabylie. Depuis la fin des années 1990, la Kabylie semblait se pencher vers un mode de réaction agressif, elle, qui a mené, des années durant, une lutte politique pacifique pour son identité et pour la démocratie et ce, malgré la répression dont usait le pouvoir contre la région.

Les raisons d’un tel bouleversement sont multiples. Ainsi, depuis le Printemps noir qui s’est soldé par l’assassinat de 126 jeunes, des milliers d’estropiés à vie, l’Etat a pris ses distances par rapport à des domaines de vie publique qui sont, pourtant les siens.

La démission presque totale du pouvoir a fait en sorte que le citoyen est appelé à défendre ses biens et à se défendre contre toutes les violences qui l’entourent. Combien de fois des citoyens ont tiré la sonnette d’alarme contre le laisser-aller des services de sécurité. Combien de fois des citoyens ont été victimes d’agression dans les rues de nos villes sans que des policiers en faction interviennent ?

A cela s’ajoute le sentiment d’exclusion, fortement ressenti dans cette région, qui était et est toujours, en marge de la vie politique et économique nationale. Sur ce point, le suicide s’avère le dernier recours pour une population mise en marge par une politique ségrégationniste à son égard.

Exclusion économique, déni identitaire, répression… tous les ingrédients sont réunis pour en faire une soupe de calice en Kabylie.

La gestion par le pouvoir politique des événements de Kabylie s’est avérée une manière de se mettre le doigt dans l’œil.

Elle n’a fait, en réalité, qu’exacerber une situation au bord de l’explosion.

La région a vécu plusieurs années dans cette situation et les pouvoirs publics ont fait en sorte de «n’y voir que du feu». Au jour d’aujourd’hui, la région et le pouvoir se regardent en chiens de faïence.

Sans oublier la perversion de la morale locale. Plusieurs comportements, totalement étrangers à la Kabylie d’antan attirent de plus en plus de jeunes.

Les normes de respect mutuel, les règles de l’estime de l’autre disparaissent devant l’importation d’une morale dévergondée.

Chômage, oisiveté, délinquance multidimensionnelle, morale débauchée, manque cruel de loisirs…, tel est le lot quotidien des citoyens de la Kabylie.

Tout ce capharnaüm rend la vie dure dans la région.

Violence dans les rues, agressions, larcins, méfiance, … font leur apparition soudaine dans une région qui était jadis, un havre de paix.

Mohamed Mouloudj

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