Un imam très apprécié

El Hadj Yahia Toumi est le premier imam de la wilaya de Bouira qui a mis au service de la population de Saharidj, son savoir et sa sagesse.

Né le 20 septembre 1921, cet homme, pieux, a fréquenté l’école coranique de Sidi Abderrahmane Illoul de Azazga, wilaya de Tizi-Ouzou (actuel Institut islamique) de 1929 à 1942 dont le maître n’est autre que cheikh Arezki Cherfaoui El Azhari (diplômé de l’Institut djamiaa El Azhar d’Egypte).

Aâmi el Hadj Yahia a débuté la fonction d’imam dans les années 50 à la mosquée d’Ath Ibrahim (la plus ancienne mosquée de M’chedallah) en donnant en parallèle des cours à l’école Vadhis— la mosquée et l’école étant dans son village natal Ath Ibrahim le plus grand village de l’Aarch Amcheddal. Durant la guerre de Libération, Si El Hadj Yahia qui a participé à sa manière en prodiguant a ses adeptes des cours sur la révolution et le patriotisme a vu sa rémunération (salaire) pris en charge par l’ALN jusqu’au cessez-le-feu.

Sur requête adressée au premier ministre des Affaires religieuses de l’Algérie indépendante, M. Toufik El Madani en occurrence Aâmi El Hadj, s’est confirmé officiellement dans le poste d’imam, fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite en 1989.

Ce vénérable saint homme durant toute sa carrière a été sollicité par tous les citoyens du Aarch, et même au delà, pour partager les parties en conflit rendant des verdicts justes acceptés et exécutés par tous les belligérants, et cela grâce à sa parfaite maîtrise de la théologie qu’il a su ingénieusement mettre en harmonie avec les us et coutumes de la région ce qui a fait de lui un symbole de la justice sociale : juste, honnête, compétent et très respecté ; des qualités acquises grâce aussi à l’implacable lutte qu’il a menée contre le fanatisme. El Hadj Yahia est convié à tous les événements de la vie sociale, mariages, circoncisions et fiançailles où il préside la cérémonie de la Fatiha. Il est présent lors des funérailles en veillant jusqu’au petit matin avec les parents du mort. Il s’est fait une solide réputation d’un saint homme et a rendu d’immenses services à sa communauté.

Aujourd’hui encore, à 89 ans, et pour se maintenir en forme en s’inspirant des recommandations tirées du Saint Coran, Aâmi El hadj fait une fois par semaine un parcours de plus de 12 km à l’aller et au retour à pied entre ses deux résidences l’une située au village vieux Saharidj et l’autre à Thamourt Azemmour dans la commune de M’chedallah en suivant un sentier qui traverse une grande foret transitant par le village Aggach. Un parcours qu’il effectue sans se servir de sa canne bien qu’une ancienne blessure le fait légèrement boîter.

On peut rencontrer ainsi cet homme exceptionnel s’avançant d’un pas régulier qu’il pleuve ou qu’il vente, qui psalmodie des versets coraniques. Ne répondant qu’aux salutations qu’il récolte sur son chemin, trouvant toujours un mot gentil à l’égard des fellahs, écoliers ou chômeurs qu’il croise sur son passage, tout en promulguant des conseils et des recommandations de bonne conduite.

C’est dans la modestie qu’il puise sa forte personnalité. Aâmi El Hadj qu’on a rencontré à proximité de Thala Larebaâ, lieu de sa résidence habituelle nous apprend qu’il essaye tant bien que mal de rédiger ses mémoires dans un ouvrage qu’il compte léguer à la génération montante.

El hadj Yahia Outoumi qui soufflerait sa 90e bougie le 20 septembre prochain garde encore la mémoire fraîche et tous ses sens en alerte.

Oulaid Soualah