Michelet livrée au troisième âge

Parlant des personnes âgées, fort nombreuses au centre-ville, un jeune commerçant avoue, non sans gêne, « avec mes amis, on s’amuse souvent à les compter. Je peux dire qu’ils représentent une bonne partie de la population ». Si les vieux émergent à Aïn El Hammam, ce n’est pas pour des raisons de baisse de la natalité. Les raisons sont à chercher ailleurs. Les jeunes en âge de travailler ou d’étudier désertent de plus en plus la ville où rien n’est fait pour eux. En dehors des cafés où l’on peut trouver un siège, le temps de siroter une limonade, aucune infrastructure n’offre l’asile aux oisifs. Ces derniers temps, Aïn El Hammam semble avoir trouvé sa véritable destinée. Boudée par les jeunes, elle est de plus en plus fréquentée par des personnes âgées. On les rencontre à tous les coins de rue.

Les départs à la retraite anticipée ont vite fait de grossir le bataillon des vieux.

Comme dans les villages, ils élisent domicile dans les moindres recoins offrant un peu d’ombre et surtout sur un banc ou même des marches d’escaliers pour s’y reposer, quelques moments. Ils se cherchent, par affinités et se retrouvent dès huit heures du matin pour entamer la « prospection » des lieux. Après s’être donnés des nouvelles, ils passent en revue les affiches et autres avis de décès pour se déplacer, en groupe, vers les domiciles mortuaires, même les plus éloignés, pour un ultime adieu aux défunts de toute la daïra. Ceux dont le niveau d’instruction est relativement élevé commencent par feuilleter les journaux avant de jeter leur dévolu sur un titre qu’ils mettent sous le bras avant de se diriger vers « ces salles de lecture à ciel ouvert ».

Les seuls bancs disponibles, le long de « la place » sont vite saturés. Il faut alors s’inventer un autre endroit. Les escaliers menant vers le cinéma, sont vite pris d’assaut. Les marches ombragées, étagées comme dans un amphithéâtre, donnent asile à une vingtaine de lecteurs. Silencieux, ils donnent l’air d’être absorbés par leur tâche. Les conversations ou les commentaires c’est pour plus tard.

Tous, dans la même position, assis, journal entre deux mains, ils ne font guère attention aux passants qui leur demandent pardon, pour leur céder le passage. Ce n’est qu’à la mi journée, une fois les courses faites, qu’ils se décident à rejoindre la station de fourgons à l’autre bout de la ville. Dans le fourgon qui les mènera au village, ils entameront la conversation par les nouvelles qu’ils viennent d’apprendre, histoire de finir la journée, en beauté.

Le départ des enfants de Michelet pour d’autres cieux commence à se faire sentir. Ceux qui ne peuvent rejoindre l’Europe ou le Canada, « émigrent » vers les grandes villes du pays, plus accueillantes.

Quant à leur ville natale, ils reviendront la retrouver au crépuscule de leur vie. Dda Larbi, un retraité de France, le dit si bien.

« Nous, nous sommes comme les éléphants, on émigre jusqu’à la retraite, puis on revient au bled pour y mourir ».

A. O. T.