La fin du mois sacré aura été relativement sanglante à Tizi Ouzou. Plusieurs attentats ont, en effet, ciblé particulièrement les services de sécurité et ce dans plusieurs endroits de la wilaya, même si le sud-est a été le plus marqué par ces actes terroristes. Après avoir connu un répit à la suite du renforcement de la présence militaires dans une région réputée pour être une forte implantation des groupes terroristes, la RN 30 reliant presque la wilaya de Bouira au chef-lieu de Tizi Ouzou via d’importantes localités, à savoir Draâ El-Mizan, Boghni et Ouadhias, a renoué durant les dix derniers jours du ramadan avec les attentats visant principalement les militaires installés dans la région. Cette dernière connaît en outre une très grave recrudescence des actes de banditisme. Il ne se passe pas un jour sans qu’un acte de cette nature soit signalé dans un village donné. Un état de fait qui n’a bien évidemment pas manqué de créer un climat de peur et de terreur renforcé par un sentiment d’impunité régnante puisqu’aucune autorité, militaire entre autres, ne semble, pour l’instant, bouger le petit doigt pour mettre fin à un phénomène des plus effroyables pour cette région du sud de la wilaya qui donne, ces jours-ci, l’impression de sombrer dans la délinquance totale. Ce n’est certainement pas l’apanage de ce versant puisque les échos qui nous parviennent, à titre d’illustration, de la Kabylie maritime ne sont pas pour réjouir les plus optimistes.
Renforcer le travai de renseignement, une nécessité !
Le même tableau fait de crimes, de banditisme, de drogue y est décrit… Les fléaux sociaux s’invitent également dans cette région qui, durant de très longues décennies, était jalouse du climat de sérénité qui y régnait. Dans une telle situation de désarroi, l’extrémisme de tous bords trouve sa place. En effet, face à l’incapacité de lutter contre ces fléaux par des moyens légaux, la société se trouve offerte aux intégristes, au fatalisme, qui est, aux yeux de ses défenseurs, le moyen idéal dans lequel la société pourra bien se réfugier dans l’espoir d’endiguer ce phénomène « théoriquement » étranger à notre société. Cependant, ce sont les interconnexions entre banditisme et terrorisme qui sont les plus dangereuses pour la région. La jonction d’intérêts entre ces réseaux, aux objectifs diamétralement opposés, aux moyens communs utilisés laisse présager un avenir des plus incertains. Certaines opérations terroristes enregistrées ces derniers jours véhiculent des paradoxes incompréhensibles au même titre que le paradoxe du Loch Ness qui avait pris en haleine toute une communauté suscitant ainsi le doute sur sa réelle existence. Les récents attentats qui ont pris pour cible des militaires près des Ouadhias, le guet-apens opéré contre un militaire gradé de la caserne de Takhoukht, l’attentat raté contre un policier motard pas loin de son domicile à Souk El-Thenine relancent le débat sur le nouveau dispositif de sécurité mis en œuvre. Certains observateurs avertis de la scène sécuritaire pensent qu’il est plus que nécessaire de réactiver certains réseaux de renseignement avec lesquels le contact a été rompu après l’accalmie de ces dernières années. Pour eux, le renforcement du travail de renseignement et la collaboration citoyenne permettront de venir à bout de ces actions sporadiques orchestrées par les sanguinaires. Cela ne sera pas possible sans une implication effective des services de sécurité dans la lutte contre les réseaux de banditisme à travers surtout un redéploiement dans certains villages considérés par les gangs comme de véritables territoires libérés. Une telle approche réhabilitera, en grande partie, la confiance avec les citoyens de Kabylie qui n’auront plus le sentiment d’être abondonnés à leur « triste » sort.
Tayeb Laoui
