Tiliouacadi, la bonne affaire

Au niveau de la wilaya de Bgayet, la zone commerciale de Tiliouacadi est un fleuron en la matière et une adresse fétiche très recommandée pour les chasseurs d’emplettes à prix raisonnables. Jadis, elle était une bourgade ordinaire adossée à la montagne, constituée d’un pâté de maisons compactes et d’une population aux occupations généralement rurales.

Mais, de décennie en décennie, aidés par une situation géographique faisant d’elle le centre de gravité de l’aârch de Chemini, les commerces se multiplient, répartis sur les grandes artères du village au charme pittoresque.

Une librairie côtoie un taxiphone, une parfumerie précède un magasin de jouets pour enfants, un magasin d’articles de ménage cache une bijouterie et une horlogerie, la boutique de tissu et d’habillement donne après une boucherie et un salon de thé. Au bout, le magasin de literie fait face à une échoppe. Aussi, les rues propres et la convivialité des habitants sont des facteurs qui invitent à une lèche-vitrine discontinue où tout un chacun sera comblé à sa guise.

D’aucuns vous le diront, ce sont les femmes qui ont assuré la célébrité des lieux. « Quand j’ai besoin d’un article, je viens à Tiliouacadi, nous confie Nna Zineb, venue d’Ayaten, un village voisin.

Je suis sûre de le trouver, en plus à un prix abordable. Je prends aussi mon temps, vous savez, ici, je me sens comme dans mon village. Je me balade, je compare les prix, je suis en sécurité ». Son accompagnatrice intervient rapidement : « Moi, je viens toujours ici avec plaisir. Ça me donne l’occasion de faire mon petit marché et rencontrer mes amies d’enfance mariées ailleurs, mais qui viennent aussi pour acheter ce que bon leur semble. Tu sais, les hommes se rencontrent à Azrou, devant les comptoirs d’un café et nous, notre comptoir est la caisse d’une boutique ! ».

Eté comme hiver, le bruit des talons et des pantoufles se fait entendre très tôt le matin et dure la journée entière. « Le respect des convenances et les traditions de notre belle région y est pour beaucoup dans le succès de nos commerces », dit un vendeur. « Les femmes ne se sentent pas dépayser, d’ailleurs il nous arrive de rencontrer des personnes venues de loin et d’autres originaires de chez nous. Elles viennent de Semaoune, d’Aït Soula, de Tibane et d’Akfadou, de Takrietz et aussi d’El Flaye ».

Bienvenue à Tiliouacadi dit un panneau à l’entrée du village et ce n’est pas un vain préambule pour le visiteur étranger, curieux ou acheteur. La cité attire aussi les futures mariées qui viennent souvent en masse pour constituer ou compléter leur trousseau en prévision du mariage qui approche et dont le coût devient de plus en plus un fardeau. « La semaine dernière, dit Ouerda, universitaire venue d’Akfadou, je suis venue ici acheter des bijoux et des robes kabyles, c’est pour une cousine à moi qui va bientôt se marier à… Paris ! ».

Dans le même sillage, on raconte que les marieuses pullulent à travers les rues du village, elles viennent souvent avec la certitude de trouver une belle-fille mais retournent généralement sans dénicher la compagne de vie de leur célibataire endurci à marier. Preuve en est que les belles-filles ne « s’achètent » pas comme une toute autre marchandise !

A elle seule, Tiliouacadi absorbe une quantité de jeunes sans emplois. Sans se départir une seconde de leurs gentillesses, les vendeurs et les vendeuses illuminent les journées des clients et garnissent les foyers d’articles allant de l’utile à l’agréable et dire que ces commerçants s’activent avec des moyens modestes, mais la volonté de réussir et le goût de servir auront brisé un grand nombre d’obstacles. Aux dernières nouvelles, les hommes ont également succombé à cette fièvre acheteuse, décidés eux aussi à prendre le chemin de Tiliouacadi pour se vêtir, se chausser et se coiffer.

T. Djerroud