Des mots pour les maux

Ceux qui ont pu lire ses deux premiers romans édités en France,  » Le candidat  » chez Harmattan et  » Secrets de femmes « , chez Bénévent, dont la  » Dépêche de Kabylie  » en a fait déjà état, ont grandement apprécié le talent narratif débridé, plein d’affectueuse dérision, de cette dame vivant dans la banlieue d’Alger. Elle récidive avec onze nouvelles qui se lisent d’une seule traite, parues cette fois en Algérie chez les éditions Oasis. On y retrouve le même lyrisme, la même liberté narrative, la même sarabande de métaphores et de descriptions exquises. Dans  » Le retour du fils « , elle décrit la déception du revenant ne pouvant s’habituer au grand décalage social, se comptant non plus en heures mais en générations. La famille voit repartir son dernier espoir:

 » Cette terre est douée pour capter les démences. Il y a des ombres assassines sur le croissant argenté. Morte, la muse. Les amours, dans leur totale inutilité, font de la fausse couche sans perturber la loi exponentielle du nombre. Quand vous entendez un éclat de rire, c’est le nouveau-né de Dame Folie. Dans la métaphysique, on a plongé notre joie de vivre ; seul le néant fait partie de notre éden…  » On retrouve nos rêveries enfantines, au détour du  » Petit vampire « , de  » La Sirène « , des  » Deux dames « . Dans  » L’erreur « , on replonge dans l’horreur des sociétés encore enchaînées par les siècles obscurs. Sur la base d’une erreur de diagnostic médical, un père tue sa fille, geste désormais presque banal en terre d’islam. La pauvre a eu le tort d’avoir un défaut congénital bloquant le sang menstruel qui gonfle honteusement le ventre pourtant vierge. Le médecin s’est trompé. Les dénégations de la malheureuse ne pourront rien face à l’ omerta nourrie par des siècles d’obscurantisme et de haine misogyne. Onze nouvelles à lire avec délices et réflexions profondes, avec une pensée pour les nouveaux auteurs toujours en butte à des tracasseries pour se faire éditer.

S. K. S