Bras de fer autour de la délocalisation du monument

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La nouvelle de la délocalisation prochaine du monument des martyrs afflige, tout autant qu’elle révolte la population de Aïn El Hammam, particulièrement les habitants d’Aït Sidi Saïd qui viennent de saisir le président de la République par le biais d’une lettre ouverte. Sous le titre “Laissez nos martyrs tranquilles”, le document placardé sur les murs de la ville et des villages, appelle les autorités “à annuler ce projet d’une tour commerciale pour réaliser une pléiade de commerces pour le bonheur de tous ces caïds de la ville qui soufflent le chaud et le froid au gré de leurs convoitises”. Après avoir rappelé les différentes raisons qui doivent aller dans le sens de l’annulation de cette construction, les pétitionnaires tirent à boulets rouges sur l’APC, accusant “certains” de ne pas savoir “sur quel pied danser pour faire face à la détresse de la ville”. Le document ne manque pas de noter que des milliards ont été dépensés pour, paradoxalement, détruire “une ville devenue fantomatique”. Après une longue liste de griefs contre les initiateurs du projet, les habitants d’Aït Sidi Saïd terminent par “Au cas où ces pseudo responsables n’abandonnent pas leur dessein destructeur, notre village et dans le cadre des lois de la République, se verrait user… de son droit de réclamer la parcelle de terrain, cédée, exclusivement pour l’honneur de ceux qui, hier, ont arrosé cette terre de leur sang”. Du côté des autorités, la question serait perçue sous un autre angle. En guise de réponse de l’APC, des plans accompagnés d’une notice explicative, sont affichés sur les murs de la ville. Il en ressort qu’un nouveau monument serait construit au centre-ville, sur les ruines de l’ancienne kasma FLN alors que l’actuel, la stèle de Amirouche y compris, serait rasé pour laisser place à une gare routière. Le premier niveau serait donc utilisé comme station de fourgons alors que nous avons peu de renseignements sur une éventuelle surélévation. Comme ils sont habitués à voir des cages d’escaliers aménagées en locaux commerciaux, les gens ont toutes les raisons d’être méfiants. Certains vont jusqu’à affirmer que la bâtisse serait destinée au recasement des habitants des bâtiments démolis. Si le projet devait aboutir, ce ne serait pas la première fois que nos martyrs seraient ballottés. C’est la seconde fois, en effet, que le monument serait déplacé. Construit initialement au lieudit “la GMS”, il avait été déplacé, dans les années quatre-vingt, pour laisser place à la construction de galeries algériennes. La population en avait, d’ailleurs, peu profité, puisque peu de temps après, elles avaient été cédées à un particulier. La commune n’avait finalement gardé ni les locaux, ni le terrain. Transféré à Thiqerrabine, son lieu d’implantation actuel, il avait à plusieurs reprises fait l’objet d’aménagement dont le dernier, date de deux ans. On avait alors engagé des dépenses importantes pour la réfection des plaques de marbre et l’embellissement des lieux (stèle, clôture, parterre fleuris entre autres). Pourtant, hormis cet argent des contribuables que l’on “jettera par les fenêtres” personne ne peut nier que la construction d’une gare routière est une initiative louable. Cependant, des terrains que la commune pourrait acquérir, dans le cadre de l’utilité publique, ne manquent pas. A moins que la folie destructrice de Michelet ne dicte une autre vision des choses. Si, à chaque fois que la nécessité d’une parcelle de terrain s’en fait sentir, on se rabat sur le monument. Mieux vaut le détruire une fois pour toutes et ne plus en parler.

A. O. T.

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