Lorsque squatter devient « alternative »

Des jeunes de la cité des 2000-Logements de la Nouvelle-Ville de Tizi-Ouzou ont décidé, à l’unanimité, de squatter, c’est le terme exact, des locaux appartenant aux Galeries algériennes, avant que celles-ci ne soient dissoutes. C’était suite à une promesse de leur attribuer ces locaux et qui n’arrive toujours pas à voir le jour que ces jeunes, chômeurs dans leur majorité, ont décidé de passer à l’action et de concrétiser la promesse.

L’action de squatter est en elle-même une arme à double tranchant. Si son caractère est frappé d’illégalité, car occuper un lieu illicitement induit inexorablement une intervention des autorités, lesquelles s’appuient sur des textes bien définis pour déloger les « squatteurs »; mais dans une certaine mesure, procéder ainsi afin d’acquérir un bien quelconque exprime tout le désarroi et l’urgence avec laquelle le dossier doit être traiter. Ces jeunes savent pertinemment que squatter est leur dernier recours pour pousser les autorités à agir dans le sens de leur promesse initiale qui est l’attribution de ces locaux aux jeunes de la cité des 2000-Logements. Ils savent aussi que sans cela, ils peuvent prendre leur mal en patience, vu les tergiversations, la bureaucratie… qui bloquent tout projet en Algérie.

Donc, les coups de force sont devenus la seule et unique issue pour bien des problèmes. Occuper de cette manière des lieux publics n’est pas spontané. Pour ainsi dire, il répond exactement à une manière de gérer qui fait que sans une pression sur les autorités, aucun projet n’arrivera à terme, faute de quoi, les milliers de chantiers lancés un peu partout sur le territoire national n’arrivent toujours pas à voir le bout du tunnel. Et dans le cas contraire, donc, si ces jeunes désœuvrés ont baissé les bras, ils verront, et c’est une certitude, ces locaux attribués plusieurs décennies après la promesse, ou dans un autre cas, les voir attribués à d’autres personnes.

La réaction de ces jeunes ne doit en aucun cas être dissociée de la situation générale de la jeunesse de Kabylie. Le retard enregistré en matière de développement local, d’infrastructures économiques, de loisirs et de création d’emplois est pour beaucoup dans ces agissements musclés de la population. Elle renseigne sur une situation asphyxiée, où seuls les fléaux respirent. Aux côtés d’une jeunesse clouée au pilori, des parkings sauvages, la vente de l’alcool, de la drogue prolifèrent au grand dam d’une population pourtant acquise aux idées modernistes.

En définitive, l’action de squatter des locaux porte en elle-même les réponses à une situation délicate et en même temps c’est une réplique à une gestion chaotique des plus floues les problèmes de jeunes.

M. Mouloudj