Le rêve trahi d’un jeune harrag

Dans ce témoignage, ce jeune homme qui ne dépasse pas la trentaine, nous raconte son aventure d’émigration « clandestine », pas vers la destination préférée des « harragas » l’Europe ! Mais celui-la veut partir en Afrique du sud. Cette aventure remonte à 2007. Trois ans plus tard, le jeune Ammar a décidé de briser le mur du silence, pour raconter l’enfer vécu durant cette tentative échouée. Une traversée périlleuse qui commence exactement un certain décembre 2007. C’était en cette année-la que le jeune Amma originaire de Maatkas a pris contact avec un réseau « dangereux » activant dans le trafic de « faux visas » dans la région de Mechtras et Boghni. Ce réseau est composé, selon notre témoin, de quatre individus, connus de la spécialité « vrais faux visas à destination de l’Afrique du Sud ». Ils promettront à leurs clients un visa, un hébergement et une prise en charge totale pendant une quinzaine de jours en Afrique du Sud en attendant de leur trouver un poste de travail. Tout cela pour 27 millions de centimes. Par naïveté, le jeune Ammar s’engage dans ce « réseau » avec ses trois amis pour rejoindre le pays de « Mandela ». Sans se rendre compte des circonstances de leur voyage, malgré les contrainte auxquelles ils seront soumis. Ils acceptent l’éventuelles offre en payant cette somme sans chercher à savoir les détails.

La harga, à destination de l’Afrique du Sud raconte notre témoin se fait via l’Egypte, où une Agence de voyages associée à ce « réseau dangereux » les attend pour une grande arnaque ! Comme planifié, les quatre jeunes prennent la route le 3 décembre 2007 et arrivent à la capitale égyptienne, trois jours plus tard. A leur arrivée, le directeur de l’agence leur a exigé de payer 1 000 euros chacun pour un billet le Caire-Mozambique. Le parton de cette agence a doublé les prix selon toujours notre témoin. « En réalité le billet coûte environ 500 euros, mais comme la personne avec qui nous sommes engagés nous a dit qu’il ne fallait pas parler beaucoup avec le directeur de l’Agence touristique, nous avons hésité de lui demander des explications concernant les prix doublés », raconte le jeune Ammar. Ils acceptent de payer la somme sans aucune condition.

Le transit par le Mozambique

Le feuilleton des sévices ne fait que débuter pour le jeune Ammar et ses trois compagnons. Le 12 décembre 2007, les quatre compères arrivent au Mozambique d’où ils comptent transiter pour l’Afrique de Sud. Mais leurs prévisions n’étaient pas comme prévues en arrivant dans ce pays. Le jeune Ammar raconte l’enfer vécu dans ce pays inconnu. Une destination qui n’a jamais été abordée dans leur « contrat illicite » avec le chef de gang. « Nous arrivons à l’aéroport de ce pays. Un autre individu de nationalité algérienne lié au même réseau auquel nous avons versé la somme de la harga, nous attend. On s’est donné rendez vous dans un hôtel près de l’aéroport. Mais à notre arrivée à cet endroit, la police nous a arrêtés. Nous avions subi des violences dans le commissariat », confie-t-il. L’origine de cette arrestation n’est pas une affaire de refoulement, de papier ou de clandestinité, précise-t-il.

La police du Mozambique les a arrêtés, pour leur exiger de payer une rançon contre leur libération. « Comme nous n’avons pas de quoi les payer, ils nous ont laissé partir avec un avertissement ». A 19 heures, le complice qui devait les accueillir dans ce pays, arrive avec un fourgon de marque Toyota. Il cède le volant à un Mozambicain pour les faire transiter par les frontières sud-africaine et mozambicaine. « Il nous a dit de venir avec ce monsieur, puis on se retrouve aux frontières pour nous faire transiter dans le territoire sud africain ». A 21 heures, raconte toujours notre témoin, ils arrivent aux frontières sud-africaines où ils sont abondonnés avec deux autres individus inconnus. Sans le moindres indice, Ammar et ses trois compagnons ont un seul choix face à cette situation, celui de se soumettre aux ordres de ces deux individus. Le complice algérien qui devrait assurer leur passage frontalier n’était pas là ! Un autre épisode commence ! « À cette heure tardive, nous avons commencé à marcher dans une forêt dense, puis nous avons traversé un grand cimetière, durant notre traversée nous avons subi plusieurs agressions, ils nous ont même délestés de notre argent » ajoute Ammar d’un air abattu. Pendant cinq heures de marche, les quatre victimes ont franchi la frontière. en arrivant à une station service où ils devaient attendre encore une autre fois le passeur algérien, mais leur déplacement à Pretoria capitale sud-africaine a été assuré par deux autres individus inconnus en versant encore quelques billets.

Arrivé à Pretoria

Le 13 décembre 2007, continue notre témoin, ils arrivent à Pretoria, et rencontrent le passeur algérien. Finalement, précise Ammar, ce dernier était le fils, du chef de bande avec qui nous nous sommes engagés dans cette affaire en Algérie. En demandant le visa, le type nous répond : « Ce n’est pas mon père qui décide c’est moi, et mon père n’a rien à voir dans cette affaire ! » Pour éviter le pire, les quatre victimes demandent de retourner vers l’Algérie. Mais ils sont « une proie acquise » dans le filet de l’escroc. Ce dernier exige d’eux de payer sept millions de centimes pour les laisser partir. Les victimes comprennent finalement qu’elles sont piégées. Elles ont échappé de justesse à une trahison qui aurait pu coôter leur vie. Conscient de son cas, le jeune Ammar prend contact avec les services de l’ambassade d’Algérie en Afrique du sud, pour leur exposer son cas, et faciliter leur retour en Algérie. L’ambassade lui délivre un laissez-passer vers l’Algérie, mais son destin est confronté à d’autres problèmes rencontrés en arrivant une seconde fois au Mozambique. En arrivant sur le sol mozambicain, le jeune Ammar a dû déchanter une seconde fois. Il tombe dans une vérification policière; même avec un laissez-passer délivré par le consulat d’Algérie en Afrique du sud. La police mozambicaine l’arrête pour une durée de trois jours dans ses geôles. Le pauvre a été pris comme un membre d’une organisation terroriste, alors qu’il était juste victime d’une arnaque ! Aprés quelques jours passés dans une prison mozambicaine, il est transféré dans un centre d’émigration de « Matola » dans ce pays où il a passé 13 jours, dans une chambre de 20 m2 avec 40 autres détenus.

Après plusieurs interrogations, et par un coup de chance, son cas a été enfin signalé à l’ambassade d’Algérie au Mozambique. Grâce à l’intervention de cette autorité, le jeune Ammar a pu sortir enfin de ce centre de concentration. Il s’empresse alors de quitter le Mozambique. « Ce pays, je souhaite ne plus le revoir ». La victime qui a été arnaquée décide de dévoiler les « réseaux de passeurs » qui s’aventurent avec la vie des autres. Ils sont beaucoup comme lui à être la proie de ces réseaux dangereux qui promettent une vie meilleure. Ce phénomène est du déjà-vu ou déjà entendu. Il n’en reste pas moins qu’en parler pourrait faire bouger les choses ou du moins réveiller les « endormis ».

Akli Slimani