Harragas, quelques raisons de partir de Kamel Boudjadi en librairie cette semaine

C’est en effet, l’histoire d’un jeune originaire de Kabylie qui décide de « divorcer » avec son village, son entourage, abandonner sa famille et partir rejoindre l’autre rive de la Méditerranée sur une barque de fortune, que raconte notre confrère Kamel Boudjadi, dans son roman, paru au courant de cette semaine aux éditions Le Savoir.

« Ils peuvent dresser autant de frontière qu’ils veulent, les hommes puissants. Elles n’arrêteront pas la marche de nos rêves le passage est du jeune harrag qui se posent comme le porte voix d’une jeunesse frustrée. Oui, la frustration vient de ces interminables frontières dressées contre les peuples. Des frontières qui font des jeunes, des êtres emprisonnés dans un espace qu’ils n’arrivent plus à supporter, où la vie s’apparente à une « misère » se présentant sous de multiples facettes.

L’intérêt du roman de Kamel Boudjadi est justement dans cette présentation presque exhaustive, aussi paradoxale qu’est l’aventure des Harragas. `

Le dépôt est un moment pénible. Dur, déchirant de se séparer d’une maman qui met pourtant en nous tous ses espoirs alors que les nôtres surffent entre la vie et la mort « ma mère ne pouvait accepter que je parte en harrag. Elle eu été morte d’amertume, cela ne pouvait pas être autrement. C’était ma mère », raconte le personnage principal de l’histoire. La mère, c’est toute la société qui n’admet, ou qui n’a pas le courage de l’assumer, le phénomène de harrag. Choisit muticuleusement les personnages, présentent, chacun d’un point de vue donné, toute la misère de l’ouverture. Ameur, Saïd, Salem, des femmes harrags, malgré elles, des Africains de couleurs mais surtout les incontournables passent, sont autant de personnages qui nous font vivre une histoire pas comme les autres. Voyager sur les rives de l’incertitude et surffer entre les vagues de la mort, voilà à quoi s’attendre lorsqu’on tente l’aventure. Kamel Boudjadi nous transporte dans l’image avec un style moderne donnant la parole aux personnages et un verbe tenace, le roman nous transporte dans un voyage à la destinée incertaine.

Les remises en cause, les paradoxes et les remords des jeunes aventuriers sont racontés, on aura vraiment l’impression d’y être. A un moment donné, certains regrettent d’avoir tenté l’aventure, pas notre personnage principal « mes idées étaient désormais très confus, le temps nous comprimait et nous échappait à la fois, il était comme un ennemi invisible qui nous attaquait de partout. Je ne contrôlais plus les images qui défilaient devant mes yeux, mes amis d’enfance, ma mère, mes sœurs, les voitures de Saïd, son père, mes enseignants, je revis même des scènes de films de westerns, j’essayais d’emprisonner mon esprit dans cette embarcation mais il fuyait, il était insaisissable », raconte Kamel Doudjadi pour décrire l’éclatement de l’être et le malheur d’un harrag. Ce dernier explique pourquoi il décide d’écrire une sorte de journal « pendant que tous dissertent sur leurs trônes, nous, nous rêvons entre la vie et la mort. Si vous saviez combien je m’en fous de leurs opinions à ces gens-là, tantôt nous sommes des harragas, tantôt des émigrants clandestins. Nous ne sommes pas des clandestins, nous narguons juste les frontières qu’ils ont dressées. Nous leurs avons même abandonné notre part de la réalité qu’ils ont créé, pour nous envoler plus haut dans nos rêves de jeunesse. Nous leurs avons même abandonné, ces hommes qu’ils veulent que nous soyons. Eux, qui disent faire naître en nous des zombies qui peupleront leurs idéologies fêtées », raconte l’auteur. Harragas, quelques raisons de partir de Kamel Boudjadi, un roman à lire absolument !

A. Zeghni