Découvertes et témoignages

La saison estivale rime souvent avec repos et farniente, place aux loisirs et au diable les pesanteurs du quotidien ! Loin d’être une occupation rébarbative, les voyages attirent les auteurs et leurs carnets recèlent souvent une foule d’images et d’informations à même de constituer un patrimoine historique amassé au jour le jour.

L’illustre écrivain français, Guy de Maupassant, enfant de la froide Normandie, où il est né en 1850, a été de ceux, nombreux, que le soleil de l’Algérie n’a pas laissé indifférent, faisant, pour ainsi dire, de notre pays «sa seconde patrie» au terme d’un voyage haut en couleurs qu’il a effectué en 1881, au cours duquel l’auteur d’une Boule de suif, flanqué de sa légendaire moustache kabyle, a sillonné les quatre coins de «l’ancienne colonie», boosté par la curiosité animé d’un fort désir d’être un témoin oculaire de son temps et surtout, attiré par le charme exotique de nos montagnes, La fertilité de nos plaines et les splendeurs des dunes dorées du Grand Sahara.

Métier de journaliste oblige, plume et calepin à la main, Maupassant a chanté l’Algérie avec les accents de l’émerveillement pour Dame Nature et l’hospitalité humaine érigée en ukase impossible à fouler au pied. Ainsi, le carnet Mes voyages en Algérie que viennent de publier les éditions Lumières Libres est captivant par son style sobre et mélodieux, enrichi par le merveilleux spectacle que l’auteur a su rapporter à force de descriptions détaillées. «Oran est une vraie ville d’Europe, commerçante, plus espagnole que française… On rencontre par les rues de belles filles aux yeux noirs, à la peau d’ivoire, (… ) Quand il fait clair, on aperçoit, parait-il, les côtes espagnoles. Dès qu’on a mis le pied sur cette terre africaine, un besoin singulier vous envahit, celui d’aller plus loin, au sud».

Homme de terrain sensible au quotidien misérable du peuple, le Normand a brossé différents portraits réservés indistinctement aux Européens et aux Indigènes; d’Alger à Oran, du sud jusqu’à Constantine, agrémentés d’une note sans ambages pour la gloire de la Kabylie, ainsi, lit-on sous sa plume journalistique : «La Kabylie est le plus beau pays d’Algérie… J’ai eu en traversant la Kabylie, une preuve de la complète impuissance de notre action même dans les tribus qui vivent au milieu des Européens. »

Journaliste, écrivain et homme de Droit, Guy de Maupassant n’a pas perdu de vue de souligner les injustices que subissent les indigènes et de prévoir avec un sens aigu pétri de sagesse, les révoltes qui attendaient l’administration coloniale. Bref, «Mes voyages en Algérie», est un livre plus que divertissant ; c’est un témoignage vivant et intéressant qui rend les vacances bien fécondes !

Tarik Djerroud