Par une porte dérobée, les consommateurs quittent un à un le débit de boissons tout en se donnant, entre deux hoquets, rendez-vous pour le lendemain. Celle-ci est l’image de tous les bars de Tizi Ouzou, sommés de baisser rideau à 22 heures. Timing qu’il faudra rigoureusement respecter sous peine de fermeture.
Cette décision est motivée par le non respect de ces établissements des règlements régissant l’activité de cette nature, ont expliqué les autorités locales. Transformation de restaurant en bar sans autorisations, consommation de boissons alcoolisées dans les établissements destinés exclusivement à la vente, non respect des horaires de fermeture et emploi de femmes, sont entre autres, les arguments invoqués par l’administration. Mais, en réalité cette mesure qui touche, en fait beaucoup de wilaya, n’obéit pas seulement à ces contraintes. Beaucoup s’interrogent si derrière cette prétendue opération de rétablissement de la loi ne se dissimule pas une opération de moralisation. Dans de nombreux cas, des élus islamistes sont derrière les pressions sur les autorités. Et pour ménager le chou et la chèvre, on limite le plus possible
la délivrance d’autorisation d’ouverture de lieux de consommation d’alcool.
Il est vrai qu’au vu de certains débits de boissons clandestins où pullulent des femmes de moeurs légères et autres malfrats de tout acabit, et la prolifération de tout ce qui est interdit, leur fermeture est souvent faite suite à des réclamations de riverains. Mais pour tous les propriétaires qui se sont vû signifier la menace de fermeture de leurs établissements à la moindre réclamation, il est clair que cette décision est l’émanation des hautes autorités afin de contenter un tant soit peu ceux qui se feront un réel plaisir de les voir tous fermés pour en faire tout sauf un bar.
A Alger, capitale du pays, plusieurs bars, ont dû fermer pour un motif ou un autre. Et pour se desaltérer, il faudra bien chercher.
Selon des statistiques, non officielles, pas moins de 3 000 bars ont dû mettre la clé sous le paillasson durant ces trois dernières années. Cette mesure a touché également les propriétaires remplissant toutes les conditions pour l’octroi de cette fameuse licence. Ce qui conduit à chercher la raison ailleurs. Alors, au même titre que le retrait de cette obligation pour une femme de se faire photographier sans foulard, la limitation des débits de boissons doit, à coup sûr, connaître la même source. Suivez mon regard.
Ferhat Zafane
