Cette commune du sud de la wilaya, totalisant plus de 35 000 habitants répartis sur plus de quarante villages et hameaux, peine encore en 2011 à sortir la tête de l’eau.
Le sous-développement qui caractérise cette paisible municipalité est si contraignant qu’il pousse ses enfants à aller toujours voir ailleurs, en quête de cieux plus cléments. L’exode rural et la traversée de la méditerranée, par tous les moyens, sont ici choses courantes. Ceux qui restent ne sont retenus que par le manque de moyens et d’occasions. Dans leur localité le minimum vital n’est pas encore disponible après prés de cinquante années d’indépendance. Le chômage qui foudroie toutes les tranches d’age est, du coup, à l’origine du malaise social et des différents fléaux sociaux, étrangers aux mœurs et aux us de la population. Dans notre recherche, nous avons passé au peigne fin tous les secteurs, hélas, aucun d’entre eux ne se porte bien. Nous n’exagérons rien, la réalité du terrain nous a dicté cet amer constat, n’en déplaise à ceux qui veulent jouer au chat et à la souris. Maâtkas va mal !
28 villages sans école primaire
La commune de Maâtkas compte 17 écoles primaires, toutes dotées de cantines scolaires, quatre collèges d’enseignement moyen et deux lycées. A en croire les déclarations des responsables locaux, la commune totalise 45 villages et hameaux. Donc, sur les 45 villages, 28 ne disposent pas d’écoles primaires, c’est une situation peu reluisante qui malmène des enfants contraints de faire, chaque jour, des kilomètres à pied, pour poursuivre leur scolarité. Le déficit de 28 écoles n’est pas fait pour dire que le secteur de l’éducation se porte bien. Certes, l’état des établissements du primaire que nous avons visité a connu, ces dernières années, une amélioration considérable vu les différentes opérations d’entretien et de réfection réalisées grâce aux budgets alloués par l’état et aux efforts consentis par le secteur, les élus et le corps de l’éducation ; mais tout de même, le retard demeure de mise, car plusieurs moyens, notamment technologiques sont toujours aux abonnés absents. Pour de plus amples résultats et pour moderniser le secteur, il faut introduire les nouvelles technologies et se mettre au diapason de ce qui se fait dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas, et ça ne sera pas, le badigeonnage des établissements qui propulsera les apprenants à un niveau supérieur ou qui consolidera leurs capacités. Quant à la surcharge des classes dans les collèges et les lycées, il convient d’y remédier en construisant plus d’infrastructures éducatives. Le ramassage scolaire est aussi le parent pauvre de ce secteur car, pour le moment, il n’est assuré qu’aux lycéennes des villages les plus éloignés de la commune.
Une seule maison de jeunes et encore…
Sur le plan infrastructurel, c’est le désert. Aucune maison de jeunes, digne de ce nom, n’est à mettre au compteur. L’unique structure disponible, et dont la construction remonte aux années 80, voit son état se dégrader de jour en jour ce qui fait que l’activité culturelle somnole depuis fort longtemps. Les responsables, censés l’animer, se sont lancés dans un procès interminable et stérile face à leurs collègues du sport, juste pour une question de leadership. Cet espace juvénile n’est animé qu’à l’occasion du festival de la poterie ou de celui du théâtre pour enfants d’Ikharbane, ces derniers sont contraints de faire le déplacement de leur village pour organiser leurs activités à cette maison des jeunes sise au chef-lieu, car ne disposant d’aucune infrastructure chez eux. Passé ces deux événements, la maison plonge dans une hibernation, en attendant qu’une association villageoise vienne frapper à la porte. Signalons que dans certains villages, on recense des foyers pour jeunes sans les moyens les plus rudimentaires. A Aït Zaïm, le comité de village, lassé d’attendre l’inscription du projet d’une maison de jeunes, est passé à l’action prenant en charge la réalisation d’une salle comme on en a rarement vu dans la wilaya. Concernant le projet portant réalisation d’une bibliothèque communale, le chantier est actuellement à l’arrêt. Son relancement est tributaire d’une rallonge financière supplémentaire. Pour le sport, c’est le même constat. L’inexistence d’un stade communal, l’absence d’une salle polyvalente et autre salle sportive, ont fait que les jeunes se morfondent et s’entassent dans les cafés maures lesquels poussent comme des champignons. L’unique salle disponible est occupée par la JSCM et est dans un état lamentable. Le litige avec la culture est handicapant. Personne ne veut engager le moindre sou pour sa réhabilitation tant que celui-ci n’est pas réglé. Pour ce qui est du stade communal pour lequel l’actuel exécutif a eu le courage de prélever 600 millions de centimes sur les PCD de l’exercice écoulé il est aujourd’hui compromis, car une ligne électrique de moyenne tension se trouve juste à proximité. Pour déplacer la ligne, Sonelgaz a exigé un montant conséquent et il faut aussi compter sur la volonté des riverains. Pour toutes ces raisons, le chantier est actuellement suspendu. Du coup, le sport à Maâtkas est tout simplement sans domicile fixe.
L’eau potable une fois par semaine
Concernant la distribution de l’eau potable, nous avons appris que le réseau est en voie d’être refait. Pour le moment, les villageois continuent d’être rationnés. L’eau ne vient qu’une fois par semaine, voire moins dans plusieurs villages. Au chef-lieu, l’eau coule à flot mais pas dans les robinets. Il y a des fuites sut tout le réseau, tellement il est vétuste, transformant la ville en zone marécageuse. Le gaz naturel, qui est en phase d’achèvement au chef-lieu, achèvera surtout les conduites d’AEP, d’assainissement et le peu de bitume qui existe encore. Les élus ont d’ailleurs mis en demeure l’entreprise, l’invitant à réparer et à assurer les travaux de remise en l’état. Pour ce qui est de l’assainissement, et malgré les efforts consentis ces dernières années, le taux de couverture n’est que de 40% à travers toute la municipalité. C’est dire que le retard est criard. Concernant les autres secteurs, c’est malheureusement pire. Le chômage gangrène des milliers de citoyens et est à l’origine d’une débandade généralisée. Dans toute la daïra, aucune entreprise et aucun chantier à même d’absorber ce fléau ne sont à signaler. En terme de logements, c’est une équation à de multiples inconnues. Même les quotas alloués à l’habitat rural sont insignifiants par rapport à la forte demande. Nous n’allons pas oublier de parler de l’absence de plusieurs secteurs, pourtant stratégiques, comme la protection civile et le secteur des finances. Quant au secteur de la santé il est toujours au bloc des urgences, comme nous l’avons signalé à plusieurs reprises dans ces mêmes colonnes. Les locaux commerciaux peinent toujours à être achevés. Le taux d’avancement des travaux n’est qu’à hauteur de 50% pour les deux sites. Il est bon de signaler que les Maâtkis ont payé le prix fort lors de la révolution de novembre 54, plus de six cent valeureux hommes et femmes sont tombés au champ d’honneur pour libérer le pays du joug colonial. Aujourd’hui, les Maâtkis réclament leur part de développement. Une doléance des plus légitimes. Le chiffre atteint par le désoeuvrement dans la commune, le nombre de bénéficiaires du filet social, le nombre de citoyens bénéficiant de l’AFS, le nombre d’handicapés et surtout le nombre de poches de pauvreté recensées dernièrement, sont illustratifs et révélateurs de la misère sociale qui prévaut et règne en à Maâtkas.
Hocine Taib

