La Direction de l’action sociale et de la solidarité de la wilaya de Tizi-Ouzou a organisé une conférence à la Maison de la culture Mouloud Mammeri sous le thème » délinquance juvénile et danger moral dans la wilaya de Tizi Ouzou »
Animée par la sociologue Hammad Sabrina, la conférence était un moyen de faire part de l’importance et de la gravité de ce phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur dans notre société.
En effet, ce qui est apparent et remarquable, c’est que l’enfant et l’adolescent, ces dernières années, ont tendance à se livrer à toutes sortes d’actes malveillants, de violence, et même de criminalité. Pourquoi, comment et quand ces mineurs arrivent-ils à ce stade? Et tant d’autres interrogations qui restent à aborder et méritent des études approfondies sur le terrain, en impliquant différents secteurs sécuritaire, sociaux et économiques, entre autres, pour arriver à un véritable dépistage du phénomène ainsi qu’à l’instauration de méthode et de mesures, pour une meilleure prise en charge de ce fléau qu’est la délinquance juvénile. C’est effectivement dans ce sens que le service d’observation en milieu ouvert de la DAAS, a essayé de faire une analyse et une étude comparative sur la réalité de la délinquance juvénile à Tizi-Ouzou, tout en se référant aux données et statistiques concernant les quatre années précédentes, à savoir 2007,2008, 2009 et 2010.
En effet, ce sont 440 cas qui ont été l’objet de cette étude, l’âge de ces derniers varie entre moins de 18ans et 25, et ce sur le danger moral, le vol, l’homicide, l’atteinte à la pudeur, coups et blessures volontaires et involontaires, détention et consommation de stupéfiants, entre autres délits commis par des mineurs. Parmi les 404 cas dénombrés et qui ont fait l’objet d’étude, 416 cas sont de sexe masculin et 24 de sexe féminin, ce qui signifie que le taux de délinquance est plus élevé chez les garçons que les filles.
Le taux de la délinquance a doublé en une année
On remarque, dans le tableau des données exposé par Mlle Hammad, que le taux de délinquance a connu une croissance, en une période d’une année seulement, de 32% en 2009, passant à 68% en 2010. Et pour la totalité des délits, pour plus de détails et à titre d’exemple, le danger moral à représenté 15% en 2009 et, 85% l’année suivante. Pour le délit d’insultes et menaces, 24% ont été enregistrés en 2009, par contre en 2010, il y a eu 76%. Pour le vol commis par des mineurs, 36% est le taux signalé en 2009 et 64% en 2010.
Ceci, en plus de la détention et de la consommation de stupéfiants qui a enregistré 50% de croissance pendant les deux années. Quant aux coups et blessures volontaires et involontaires, ce délit a baissé de 42% en 2010, alors que’il était de 58% l’année d’avant. Rappelons que beaucoup d’autres délits de mineurs où ces actes de délinquance, non cités, selon Mlle Hammad, représentent 23% en 2009 et 76% en 2010. Un autre délit, celui d’atteinte à la morale, auquel les chiffres ne reflètent pas la réalité vu que ce dernier est considéré tabou dans notre société. Pour cette raison, il est rarement, ou jamais, signalé il s’agit donc de 7 cas enregistrés en 2010, alors qu’en 2009, aucun cas n’a été signalé. Revenant aux quatre années suscités, la conférencière a avancé des chiffres et des données statistiques pas moins importantes que celles enregistrées en 2009 et 2010. S’agissant du vol à titre d’exemple, 30% de ce délit ont été enregistrés en 2007, 24% en 2008, 37% en 2009 et 31% en 2011, quant au délit de coups et blessures volontaires et involontaires, il est en augmentation d’une année à une autre, 18% en 2007, 23% en 2008, 28% en 2009 et 96% en 2010. De même que pour celui d’insultes et menaces, ce dernier enregistrant 6% en 2007, 12% en 2008, et après avoir connu une réduction de 9% en 2010, son taux s’élèvera encore en 2011 pour atteindre 14%. Et enfin, concernant les délits mentionnés dans la catégorie » autres « , ils ont enregistré 20% en 2007, diminuant en 2008 et 2009, respectivement à 13 et 7%, pour prendre de l’ ampleur en 2010 avec 26%.
Notons donc que d’après cette étude réalisée par ce service d’observation en milieu ouvert, que sur les 440 cas dénombrés (objet de l’étude comparative), 121 cas de délinquance ont été enregistrés en 2007 (27%), 115 cas en 2008 (26%), quant à 2009, 26 cas ont été signalés, et enfin 139 cas en 2010, soit 32%. Ces chiffres et statistiques ne sont pas à sous estimer et exigent des études plus approfondies sur des échantillons élargis. Le divorce, le détachement familial, l’échec scolaire, la marginalisation, le taux de chômage qui augmente, la consommation de stupéfiants, et, surtout, le comportement de rébellion par lequel est connu le jeune kabyle envers l’autorité au sein de la famille ainsi qu’au règles et aux lois, ajoutés à la dégradation des valeurs morales… tout cela engendre automatiquement des effets néfastes sur le comportement des enfants et des adolescents, et nuisent à leur équilibre psychologique causant le détachement familial et social. Il y a lieu de tirer la sonnette d’alarme, concernant ce fléau qui prend de l’ampleur, de jour en jour, dans notre société qui la déstabilise.
Certes, des événements comme cette conférence sur ce thème, d’une grande importance, sont de bonnes initiatives, mais c’est insuffisant, c’est ce qu’ont déclaré plusieurs présents à cette conférence, affirmant que le danger est là et c’est tout un plan de travail, regroupant toutes les parties de la société pour sa meilleure prise en charge et, surtout, pour combattre et déraciner les causes de ce phénomène.
Rachida Selmani

