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AMIROUCHE MESSIS, maire d’Aghribs

«Les budgets et subventions sont insuffisants»

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La commune d’Aghribs accuse d’énormes retards de développement. Issue du découpage de 1984, elle peine à offrir un cadre de vie décent à sa population répartie sur plusieurs villages disparates. Le jeune maire, (FFS), déplore les restrictions budgétaires mais aussi la limitation des prérogatives qui «bloquent nos efforts».

La Dépêche de Kabylie : Comment est la situation sécuritaire aux Aghribs ces dernières semaines ?
Messis Amirouche
: Depuis le mois d’août, nous avons hélas enregistré trois incidents, qui se sont soldés hélas par la mort d’un jeune médecin exerçant à Azeffoun. Il y a eu aussi cette tentative de kidnapping qui n’a heureusement pas abouti, durant laquelle il y eu un décès et deux blessés, selon les services de sécurité. Nous avons aussi enregistré, il y a juste quelques jours, une autre tentative de kidnapping sur deux jeunes de notre localité. Nous nourrissons l’espoir que ce ne sont que des actes isolés. Toutefois, nous demandons et exigeons des services de sécurité de redoubler d’efforts pour déjouer ce genre d’actes et assurer la sécurité et la quiétude de nos concitoyens.

Revenons au développement de votre commune, qu’en est-il après deux ans de gestion?
Certes, nous avons réalisé quelques acquis, mais il faut signaler que notre APC est déficitaire pour la deuxième année consécutive. Les restrictions budgétaires sont pour beaucoup dans ce déficit. Pour être clair, nous n’avons même pas encore traité le budget supplémentaire 2019 car nous n’arrivons pas à équilibrer le budget du fait du déficit, c’est-à-dire l’indisponibilité de ressources financières, chose qui nous contraint à demander une subvention exceptionnelle d’équilibre. Nous venons d’ailleurs de recevoir la note d’affectation de cette subvention, qui reste trop insuffisante pour redresser la situation en totalité. Toutefois, cette subvention constitue pour notre APC une bouffée d’oxygène, en attendant mieux.

Nous avons enregistré, pour bien préciser les choses, un déficit de 40 millions de dinars. Nous n’avons reçu que 33 millions de dinars, il nous manque encore 7 millions de dinars. À signaler que 21 millions sont destinés à la prise en charge des salaires de nos fonctionnaires et le reste aux dépenses obligatoires (gaz, électricité, eau…). Nous allons donc devoir encore travailler pour rétablir l’équilibre de la situation financière de notre commune.

Que vous faut-il pour enclencher une vraie dynamique de développement ?
Pour dégripper réellement la roue du développement à Aghribs, il faut, et c’est une condition sine qua non, revoir à la hausse les montants des programmes de développement communaux. Avec 3,8 milliards de centimes, nous ne pouvons réaliser que de petites opérations, sachant que notre commune compte 17 villages répartis sur une surface de 65 KM2. L’État est tenu de revoir sa politique de développement local, en donnant plus de prérogatives aux maires et en les associant dans l’élaboration et la répartition des projets sectoriels (PSD), car seul ce genre de projets peut enclencher une dynamique de développement réelle et durable.

L’ex-FCCL est une caisse de solidarité au profit des APC, il recèle des inégalités qu’il faut réajuster pour que toutes les APC aient accès au développement. Il faut aussi améliorer le climat d’investissement par la facilitation des procédures administratives foncières, financières et juridiques, sachant que lorsqu’ il y a instabilité juridique, l’investisseur est réticent.

Présentement, l’État demande aux maires de créer de la richesse et de l’emploi. Est-ce possible pour des communes rurales et déficitaires, comme c’est le cas de votre municipalité ?
Si l’État, avec ses grand moyens et la manne financière considérable qualifiée d’embellie financière (bahbouha), n’a pu créer ni de l’emploi productif, ni de la richesse durable et encore moins une économie forte et compétitive, comment une APC déficitaire comme la nôtre y parviendrait ? Sans prérogatives et sans moyens financiers, nous n’allons pas créer de la richesse à partir du néant. Il nous faut un minimum de moyens et de soutien, notamment juridique. Notre commune est un terrain vierge, beaucoup de chose restent à faire. Nous avons une ou deux mini-zones d’activités, non encore opérationnelles, puisque non viabilisées.

D’ailleurs, les études lancées, d’AEP et d’assainissement, ont été prises en charge par l’APC, mais les réalisations reviennent à la DUC. Il faudra aussi les raccorder au gaz et à l’électricité, mais c’est à la Sonelgaz et à la direction de l’énergie d’assurer. C’est vous dire que les APC n’ont ni les moyens ni les prérogatives requises pour lancer des projets d’investissement productifs. Le système dans sa totalité doit être revu.

Y a-t-il des projets en souffrance à travers votre commune ?
Nous avons en effet des projets en souffrance, notamment le centre de regroupement sportif inscrit depuis des années. Les travaux sont presque à l’arrêt. Le chantier avance à pas de tortue, ne disposant que de six ouvriers. Nous demandons au maitre d’ouvrage, la DJS, de remédier à cette situation. Nous avons encore différents programmes de logements (LSP, LPL, AADL et promotionnel), mais la cadence des travaux n’est pas du tout satisfaisante.

Les entreprises réalisatrices nous ont créé des problèmes, notamment l’évacuation des terres excédentaires qu’ils entreposent juste à proximité, depuis l’installation de leurs chantiers. Ce problème, nous l’avons soulevé à maintes reprises aux maitres d’ouvrages respectifs et au chef de l’exécutif de la wilaya, mais en vain. Nous avons aussi eu l’accord de principe pour la réalisation d’une agence postale, mais on attend toujours le lancement des travaux.

Il y a quelques mois, vous aviez déclaré que le taux de couverture en assainissement à Aghribs n’était que de 30%, où en est-il actuellement ?
Notre commune est classée dernière concernant le taux de raccordement à l’assainissement au niveau de la wilaya. Tant que nous n’avons pas un programme consistant, le taux demeurera faible. Il nous faut un programme spécial pour réaliser l’assainissement à travers l’ensemble des villages, ne serait-ce que pour être au niveau des autres communes de la wilaya. D’ailleurs, nous n’avons jamais cessé de demander et d’interpeller les autorités locales et nationales sur cette question cruciale. Nous avons des villages qui ne disposent même pas d’un mètre linéaire d’assainissement, c’est une aberration.

Quel est l’état du réseau routier dans la commune ?
Nos routes sont dégradées, pratiquement dans leur totalité. À commencer par le chemin de wilaya N°07 reliant la RN71 à la RN 24, qui est dans une situation chaotique. La direction des travaux publics a été saisie à plusieurs reprises pour intervenir, mais à ce jour rien n’a été fait. Les chemins communaux sont tout aussi dégradés. Le tronçon CW 07 vers Ichkaven, Aït Ouamara, Agaradge, la RN73 vers Iagachen et Tighlit vers Ibeskrien, pour ne citer que ceux-là, nécessitent des travaux de revêtement en urgence.

Qu’en est-il du secteur de la jeunesse et des sports ?
À l’exception des aires de jeux non aménagées qui existent à travers quelques villages, notre commune ne dispose d’aucun stade communal et d’aucune aire de jeux homologuée. Nous n’avons ni salles des ports ni aucune maison de jeunes. Notre centre culturel est toujours occupé par l’Armée nationale populaire. Nos jeunes sont livrés à eux mêmes et à la rue, malheureusement. Nous demandons aux autorités compétentes de regarder dans la direction des jeunes d’Aghribs. Une salle des ports, un stade communal, une maison de jeunes ne ruineraient pas la caisse de la wilaya et encore moins celles de l’État. En somme, la situation actuelle met le maire entre le marteau et l’enclume. D’un côté nous représentons l’État et de l’autre nous représentons le peuple, puisque c’est lui qui nous a élus. Non Seulement nous n’avons ni les moyens, ni les prérogatives de répondre aux doléances citoyennes, mais l’échec des politiques centrales est toujours endossé par les élus, qui sont pourtant complètement désarmés. On ne peut pas exiger d’un pompier d’éteindre un feu sans eau. Tout doit changer dans le sens positif.

Entretien réalisé par Hocine T.