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Le RND lentement mais sûrement

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Des surprises à Tizi OuzoLe parti dont le chef, en l’occurrence Ahmed Ouyahia, a pu désamorcer la crise de Kabylie, a laissé une bonne appréciation auprès de sa population. La Kabylie qui a souffert durant plus de trois années d’une léthargie qui a touché tous les plans de la vie, se souviendra que l’amorce du dialogue avec les archs a été entamée, alors qu’ils était à peine promu chef du gouvernement.Un atout majeur que pourrait exploiter les cadres du parti pour mener leur campagne en toute confiance. L’autre paramètre à capitaliser au profit du RND à Tizi Ouzou, est la position de son secrétaire général concernant la question de l’officialisation de tamazight. Durant les différents rounds de négociation, le mouvement citoyen avait déclaré que la question du référendum est écartée. Même si le principe du l’officialisation sans référendum a été démenti plus tard par le président de la République, la population a pris acte de la position du chef du gouvernement.D’essence pragmatique, le parti, qui ne fait pas trop de tapage médiatique et sollicite rarement la presse, sait comment évoluer à l’ombre de ses adversaire. En Kabylie, il risque créer la surprise durant ces joutes électorales, tant qu’uniquement sa présence dans 41 communes et avec une liste APW, fait déjà trembler ses concurrents politiques, et renseigne par ailleurs sur un redéploiement opéré en douceur.“Nous avons été pris de court par la décision ministérielle, sinon on aurait amplement couvert presque toutes les communes de la wilaya”, a déclaré M. Tayeb Mokadem, représentant du RND à Tizi Ouzou. Selon l’orateur, treize listes sont restées en instance.Une présence très significative à Tizi Ouzou, qui démontre la décantation opérée dans la région, mais le secrétaire de wilaya a préféré parler d’un “éveil de conscience” de la population sur ce qui se passe.

Une naissance dans l’urgenceLe Rassemblement national démocratique a été enfanté le 23 février 1997, par la grave crise qui a failli emporter l’Algérie. Il s’est érigé depuis comme un nouvel espace politique qui a fédéré les différentes forces de la nation pour la sauvegarde de la République, “le RND a été créé à la veille de l’apocalypse”, dira M. Tayeb Mokadem. Les institutions de l’Etat étaient menacées par l’invasion de la mouvance islamiste et ses branches armées qui sèment la terreur, ainsi que la démission du FLN, “languissant et perdant du terrain”, indique-t-il encore. Pour pallier à cette démission, des personnalités de la trempe de feu Abdelhak Ben Hamouda et d’Ahmed Ouyahia ont fait appel aux différentes forces vives de la nation et à la famille révolutionnaire pour rassembler les Algériens autour d’un idéal : sauver la République. La première apparition du parti en Kabylie était à l’occasion de sa participation aux élections locales, le 23 octobre 1997, c’est-à-dire neuf mois après sa création. Le RND a pu décrocher, malgré son jeune âge et la campagne d’intox menée par les partis traditionnels, 37 sièges dans les communes avec 14 577 voix et trois sièges à l’APW avec 23 803 voix. Aux législatives du 30 mai 2002, qui ont coïncidé avec les douloureux événements qu’a connu la Kabylie, le RND a obtenu deux sièges à l’APW. Des élections, rappelons-le boycottées par le FFS, le RCD et les archs, et émaillées par des scènes de violences. Le 10 octobre 2002, lors des dernières élections locales, la parti d’Ahmed Ouyahia a emporté seize sièges dont deux APC majoritaires, celles d’Akerrou et d’Abi Youssef.Ainsi, six ans après sa création, le RND s’est imposé sur l’échiquier politique et participe aux décisions du sérail. “C’est un parti revigoré qui continue sa marche auprès des citoyens et des citoyennes”, souligne le premier responsable à Tizi Ouzou.A Tizi ouzou, le parti d’Ahmed Ouyahia est structuré dans les 67 communes de la wilaya grâce à un travail de proximité permanent entrepris par son nouveau staff installé en 2004.Dès son installation à la tête de la structure à Tizi Ouzou, le nouveau secrétaire a priorisé le rapprochement avec les citoyens en allant aux fins fonds des hameaux pour porter les doléances aux plus hautes autorités du pays, comme l’atteste une vingtaine de lettres déposées soit au cabinet du wali ou à la chefferie du gouvernement. Une équipe assure, par ailleurs, une permanence H24, pour collecter des informations et mettre en place une banque de données sur l’état des lieux en Kabylie. M. Mokadem a utilisé un prêt de 100 millions de centimes, offert par l’APN, pour l’achat de 1 500 trousseaux pour des enfants démunis. Durant les intempéries, dira-t-il, le siège du RND est devenu un abri pour une dizaine de familles. Même si le représentant d’Ahmed Ouyahia considère que les actions effectuées, n’ont aucune arrière-pensée politique émanant d’un caractère humanitaire, il n’empêche pas qu’elles ont contribué énormément au renforcement des structures du parti à Tizi Ouzou. En effet, ce travail de fourmis a permis au parti d’élargir son aura et de passer de 1 000 militants début 2004 à presque 4 000 en 2005, qui activent officiellement dans les différents organes du parti, soit une augmentation de 300 % en l’espace d’une année. Il peut s’énorgueillir d’être le seul parti à Tizi Ouzou d’avoir présenté une femme tête de liste, en sa personne de Mme Zourdaoui Ouardia, dans la commune de Bounouh.

L’Alliance en rangs dispersésPour ces élections, l’Alliance présidentielle composée du RND, du FLN et du MSN perd sa substance. Les trois partis partent en rangs dispersés pour briguer des sièges en Kabylie. “Cette fois-ci, chacun pour soi”, soutient le représentant du RND. Chacun des trois formations a développé une stratégie. Du côté du Rassemblement, on mise surtout sur le credo de la stabilité et du développement économique local. “La stabilité est indispensable pour résoudre nos problèmes de chômage, de crise de logements et de qualité de la vie”, indique M. Tayeb Mokedem. Dans son programme, le RND plaide pour l’assainissement de l’environnement économique, pour avoir une meilleure visibilité. Une visibilité, selon l’orateur qui passe par la mise en place à partir du niveau de la commune de canaux efficaces de collectes d’informations économiques et sociales, tandis qu’un service de réunification, ajoute-t-il encore, exploitera l’information recueillie pour éclairer le gouvernement et informer les observateurs économiques. Les principaux axes de ce programme sont la mise en valeur du potentiel économique existant, la création de nouvelles sources de richesses, le renforcement des postes d’emplois pour réduire le chômage et enfin la promotion d’une politique sociale durable.“Les 79 milliards dont la wilaya de Tizi Ouzou a bénéficié est le fruit de nos propositions”, estime M. Mokedem. Ce dernier croit que, l’encouragement du dialogue et la promotion du mouvement associatif permettra à chaque compatriote de prendre part à la gestion des affaires de sa collectivité. Le RND plaide également pour une décentralisation effective. “Il nous revient à nous de mettre en valeur, nos richesses, de manière rationnelle, loin de toute démagogie”, déclare le représentant du parti d’Ahmed Ouyahia à Tizi Ouzou.

Tamazight : en finir avec le fonds de commerceLe RND se considère parmis les partis qui ont réussi à couper l’herbe sous le pied des partis traditionnels, qui ont fait de tamazight un fonds de commerce pendant plus d’une décennie. Il peut se targuer d’avoir en son sein “un ogre politique” en la personne d’Ahmed Ouyahia. La Kabylie se souviendra, que c’est bien lui qui s’est exprimé pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie en langue berbère devant les députés de la nation et dans une institution étatique à savoir l’APN. M. Ouyahia ne rougit point de répondre avec sa langue maternelle, dans des conférences des journalistes qui l’interpellent dans cette langue.Quant à l’officialisation, le RND considère par la voix de son secrétaire de wilaya que tamazight a besoin du temps et d’un substrat pour devenir une réalité sociolinguistique de toute la nation loin des surenchères politiciennes.Des efforts d’ordre accadémique, scientifique et culturel, indique encore l’orateur, tendront à faire adopter dans la réalité l’amazighité. Avant de conclure que le programme de son parti n’est pas un discours creux démagogique ou populaire, mais une somme d’actions et de mesures concrètes, qui sont dans les possibilités du pays.

M. Aït Frawsen