Jamais de mémoire de partisan de fêtes d’année, le mois de décembre n’a été autant dans le collimateur des prêcheurs du vendredi. La petite bûche au chocolat a tout particulièrement été l’objet d’attaques sentencieuses. Satan, tentation, conspiration judéo-chrétienne… sont autant de concepts qui reviennent pêle-mêle dans le discours des imams franchement décidés à « brûler » de la bûche en culpabilisant les fidèles qui, de la bûche, ne retiennent que le goût de vanille ou de chocolats et surtout un prétexte pour fêter dans la joie et en famille le nouvel an. Mais cela n’est pas le vœu des prêcheurs qui de surcroît vivent de la contribution des citoyens dont des… pâtissiers. Pour ces derniers, les prêches anti-bûches ont réussi à freiner relativement l’élan des citoyens. « Chaque année, c’est les même attaques, mais cette année, nous avons sérieusement ressenti le coup », nous avoue Salim gérant de Loundja, une pâtisserie bien en vue. Il s’étonnera aussi de la non disponibilité des boîtes à emballer les bûches. « A chaque fois que nous nous adresserons à un fournisseur, il nous répond : on ne les commercialise plus. Ils disent que c’est haram (péché) », explique-t-il. Dans leur foulée, les sermonneurs s’en prendront aussi aux cartes de vœux. « La carte postale est, concluent-ils, un terme de syllogismes religieux, « bidâa » (fait ou comportement étrange aux valeurs religieuse ou sociale) ». Là, aussi, on peut dire que les moralisateurs ont pu porter atteinte à la commercialisation des cartes de vœux. Une petite virée dans les librairies nous renseignera sur ce recul. En fait, les seules cartes que nous y avions trouvées sont puisées dans l’ancien stock, nous expliquera un libraire du centre ville. Sans être acceptable, le discours des prêcheurs n’est toutefois pas une surprise. Ce qui surprend par contre est d’abord le laxisme des autorités qui laissent passer ces intolérances mais aussi une sorte de démission de la part des citoyens qui nous ont habitué à plus de résistance. Ce qui n’a pas pu être imposé pas les balles terroristes est-il en train de s’ancrer par le prêche « autorisé » et de pervertir ainsi une société qui a toujour été ouverte aux valeurs universelles ?
T. O. A.
