Bien que la campagne oléicole 2015, comme nous l’avions rapporté dans l’une de nos précédentes éditions, ne sera pas au rendez-vous dans une grande partie de la commune de M’Kira, notamment sur toute sa partie haute, elle s’annonce très prometteuse dans sa partie basse qu’on appelle Lotha, à savoir la région de Tamdikt, Aït Ouakli ou Tahachat.
«C’est la seconde année consécutive où nos oliviers ne nous donnent aucune goutte d’huile, ce qui nous prive certainement de ce précieux aliment, legs de nos aïeux et qui est également notre seule ressource de revenus», nous déclarent plusieurs villageois. Cependant, au niveau de Tala N’Cheikh Amar, dans la basse M’Kira, les oliviers ploient sous le poids de leur lourde charge de fruits, faisant le bonheur de leurs propriétaires qui, déjà ont lancé les préparatifs de cette présente campagne oléicole.
«Dieu merci, cette année, comme vous le voyez, sera également une bonne année et c’est avec un grand plaisir que nous avons d’ores et déjà non seulement, commencé à nettoyer tout sous nos oliviers pour les débarrasser des mauvaises herbes et des ronces qui n’ont pas hésité à repousser après notre dernier passage, mais nous ramassons également les premiers fruits tombés des arbres malgré qu’ils ne sont pas arrivés à leur maturité c’est ce qu’on appelle chez nous Amdhour», nous déclarent nos interlocuteurs qui n’hésiteront pas à nous expliquer cette pratique oubliée. Ainsi, nous apprîmes de ces villageois que de tout temps, avant le début de chaque campagne oléicole, les familles pauvres qui ne possédaient pratiquement aucun olivier étaient autorisées à se rendre à travers toutes les oliveraies pour ramasser les premiers fruits tombés des arbres, appelés Amdhour, pour en tirer, après plusieurs opérations, cette précieuse huile qui leur manquait pour leurs repas. «Vous savez qu’il y a de nombreuses familles pauvres qui n’ont aucun olivier et qui sont obligées de prendre en charge ceux des voisins ou d’autres membres de la famille pour subvenir à leurs besoins.
Donc, cette ancienne pratique solidaire, qui consistait à autoriser ces pauvres familles à ramasser les premiers fruits tombés des arbres, leur permettait de disposer d’un peu d’huile à cette période critique de l’année, où même les plus nantis ne disposent que du strict minimum jusqu’à la prochaine production», nous déclarent nos interlocuteurs, en ajoutant que malheureusement ou heureusement, cela dépend, cette pratique ancestrale est totalement délaissée. «C’est vrai qu’avec l’évolution que connaît notre pays et tous les changements économiques opérés, le niveau de vie des citoyens a beaucoup changé pour presque la totalité des citoyens, alors que la pauvreté n’est plus ce qu’elle était auparavant, ceci pour vous dire que de nombreuses familles très pauvres, jusqu’aux années soixante-dix, sont devenues des familles milliardaires, possédant de nombreuses grandes demeures et beaucoup de biens et qui n’ont pas besoin d’envoyer leurs enfants, dans le froid, pour ramasser des olives des voisins. C’est donc tout cela qui fait que maintenant, si les propriétaires ne ramassent pas leurs propres biens, personne ne le fera à leur place», terminent nos interlocuteurs.
Essaid Mouas

