Maintenant que la tension entre les trois «partenaires» est apaisée, le gouvernement, à sa tête le Premier ministre, dont d’aucuns craignent la résurgence de décisions antisociales, devra rassurer les Algériens, notamment les couches défavorisées. «La situation est difficile», a lâché Ahmed Ouyahia devant les caméras de la Télévision nationale, en s’adressant aux Algériens au sortir de la réunion Tripartite d’avant-hier. Certes, le Premier ministre a tenu à qualifier la situation financière du pays de «grave», non sans rassurer que «le gouvernement maintiendra sa politique de justice sociale et de solidarité nationale». Une décision contenue dans la feuille de route que le président de la République lui a tracée à sa prise de fonction lors de sa nomination en remplacement de Tebboune. Abdelaziz Bouteflika, via son Premier ministre, entouré face aux caméras par ceux qui réclament, depuis 2015, de revoir la politique des aides et subventions de l’Etat, veut rassurer le front social et éviter une autre pression qui risquerait d’émaner directement des citoyens. Ces derniers ont été déjà sérieusement obnubilés par la tension au sommet, née de la guerre déclarée par Tebboune aux hommes d’affaires et à l’UGTA. Le chef de l’État, qui a enjoint à son Premier ministre de «préserver et rationaliser la politique publique de justice sociale et de solidarité nationale», comme troisième point nodal de la feuille de route révélée par Ouyahia, vise surtout à neutraliser les ambitions du patronat à vouloir refonder la politique sociale du pays. «L’Algérie a une politique sociale constante fondée sur la justice sociale et la solidarité nationale. Je voudrais donc assurer nos travailleurs et tous les citoyens que cette politique sociale sera maintenue par le gouvernement», a déclaré Ahmed Ouyahia à l’ouverture des travaux de la réunion de jeudi dernier, face à Abdelmadjid Sidi Saïd, patron de l’UGTA, et aux chefs des organisations patronales présents. Et comme nécessité de rassurer également ces derniers, Ouyahia dira que «toutes les entreprises établies en Algérie (…) feront l’objet de notre considération sans discrimination». Pour le Premier ministre, «l’Algérie a tranché le débat sur le model économique et poursuit depuis 30 ans une économie de marché à vocation sociale». Rappelant que le pays est «un Etat de droit et possède les instruments pour faire respecter la loi, afin de préserver la sécurité et la stabilité, y compris sur le plan économique, où la loi doit être appliquée dans la sérénité et loin de toute tension». Si par son discours d’ouverture de la réunion tripartite Ouyahia rassure sur le double front social et entrepreneurial, il ne s’est pas privé d’exhiber le bâton, bien que certains termes de son discours aient été soignés, pour critiquer la démarche de son prédécesseur. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement, à sa tête Ouyahia, est persuadé que l’heure est à l’apaisement, eu égard à la situation financière très délicate et au contexte international, marqué par des tensions aux conséquences irréversibles. C’est pourquoi la nécessité, pour les trois partenaires de la tripartite, de rassurer le front social s’est exprimée par chacun d’entre eux à sa manière.
M. A . T
