Parler des zaouias amène les Algériens, lorsqu’ils sont conscients de leurs apports à l’islam local, au débat plus que fructueux en termes de religion. La zaouia a de tous temps été l’avant-garde de l’algérianité. Depuis son avènement, elle était anticolonialiste, c’est normalement, et dans l’essence, qu’elle proclama l’Algérie algérienne, qu’on le veuille ou pas. Cheikh Ahdadh, a mené le combat contre les occupants, il était le précurseur des révolutions qui se sont succédé dès cette année. Mais il n’y avait pas de trompe l’œil, ni de système qui nous mène en bateau jusque là où en rêvait jusqu’à la lie, jusqu’à ne plus pouvoir. Au cours d’un combat il fut arrêté et jugé à Constantine. Il fut condamné à cinq ans de prison. Ses deux enfants, Aziz et M’Hand, furent déportés en Nouvelle Calédonie. Le père mourut en prison le 29 avril 1879, après à peine 10 jours de détention. Il laissa aux algériens ces citations qui ont fait date «Le Roumi rend une sentence de cinq ans, mais celle de Dieu est de cinq jours !» et «Nous jetterons les français en mer comme je jette ce bâton par terre !». Cette dernière prophétie fut elle aussi exécutée plus 80 ans plus tard. Il va de soit que le religieux joua un rôle dans la résistance et l’indépendance, ce fut l’époque où l’Algérie occupait une place prépondérante dans les luttes pour notre souveraineté. Lorsque Cheikh Ahedadh mobilisa ses troupes, des bataillons de paysans, pour bouter les français hors de son territoire, ils ne purent y arriver, ils se sont accablés de déportations. Puis, le code de l’indigénat aidant, ils subirent le colonialisme jusqu’à ne plus pouvoir. Il fallait attendre quelques décennies pour voir, d’autres générations aussi investies de l’idéal d’indépendance, enfin connaitre dans son intégralité la liberté, et recouvrer dans sa totalité le territoire. Le Cheikh Muhand Améziane Ahedadh, fondateur de la Rahmania, et Al Mokrani, menèrent un combat sans faiblir, échouèrent mais ne plièrent pas, furent vaincus mais ne se rendirent pas. Restons, quand-même avec le souvenir de ces hommes fiers et droits dans et avec leurs convictions chevillées dans leurs êtres et dans leurs cœurs par l’amour de ce pays qui les a toujours guidés.
S. Ait Hamouda
