Qui paye ses dettes…

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N’eussent été la glaciale logique monétaire et la pure relation marchande régissant les rapports entre l’Algérie et les organismes prêteurs étrangers (banques, institutions,…), il eût paru d’une mordante ironie qu’un débiteur en arrive à ‘’supplier’’ ses créanciers ou leurs intermédiaires (courtiers en banque) pour qu’ils acquiescent au remboursement anticipé de la dette dont une partie a été contractée depuis des décennies. L’aisance financière de ces trois dernières années- générées par des recettes conséquentes en hydrocarbures et qui sont apparemment appelées à durer dans le temps- a propulsé l’Algérie vers cette position inédite vis-à-vis de ses créanciers. Les Clubs de Londres et de Paris sont, dans ce cas, les passages obligés pour faire aboutir une telle procédure. Ces deux institutions qui sont généralement sollicitées par les pays du Tiers-monde endettés pour les reprofilages et les rééchelonnements du payement des intérêts échus sont aujourd’hui convoquées pour accepter l’ ‘’offre’’ algérienne d’un payement anticipé des services et de l’encours de sa dette. Si de telles négociations, entamées avec le Club de Paris à partir de la fin de la semaine passée, s’avèrent nécessaires c’est que les créanciers membres de ce Club voudraient s’entourer du maximum de précautions pour que les intérêts qui grèvent le principal de la dette soient pris en considération malgré l’anticipation envisagée par le pays débiteur. Des forums mondiaux conduits par des organisations non-gouvernementales et des associations opposées au payement de la dette extérieure- ‘’dette contractée par les gouvernants et non par les peuples’’, insistent-elles- ont évalué, au cours des années 80 et 90, les remboursements effectués par leurs pays respectifs. Il en est ressorti que, que par la logique infernale des intérêts et d’autres conditionnalités, le montant total de la dette a été payé réellement plusieurs fois en termes de valeur absolue. Ainsi, l’Algérie, qui avait, il y a 20 ans, une dette extérieure située entre 20 et 30 milliards de dollars aura payé au cours de cette même période presque 118 milliards de dollars (84 mds de remboursement du principal et 34 mds d’intérêts). A partir du milieu des années 80, l’Algérie et d’autres pays d’Afrique et d’Amérique latine ont été piégés par la spirale de l’endettement au point d’être menacés d’asphyxie financière (les cas du Mexique et de l’Argentine sont devenus des exemples à méditer). Et pourtant, les techniciens de la finance voient dans l’endettement un moyen de financer le développement économique. En effet, à l’échelle microéconomique (entreprise) ou à l’échelle des Etats, le fait de contracter des dettes est, en principe, considéré comme un investissement. S’endetter n’est pas une tare ; cela fait partie de la dynamique économique des acteurs individuels ou institutionnels. Cela peut devenir un handicap majeur lorsque deux conditions ne sont pas assurées : l’usage fait de l’argent emprunté et le seuil d’endettement par rapport aux autres données et agrégats de l’emprunteur. Dans ce contexte, le cas de l’Algérie est un cas d’école. Notre pays avait pris la liberté de déroger allègrement aux deux principes énoncés tout en continuant à s’endetter. Le commun des Algériens sait que l’argent emprunté pendant les 20 dernières années a servi à la consommation domestique (alimentation, médicaments, biens d’équipement) et aux ouvrages de prestige parallèlement à une politique désastreuse de désinvestissement industriel. Comme l’on sait aussi que, à un moment critique de la vie nationale, les remboursements des intérêts de la dette rivalisaient avec les recettes pétrolières au point de faire frôler au pays la cessation de payement. Les ratios dette/recettes et dette/PIB étaient parmi les plus alarmants de la planète.L’adage est connu depuis la nuit des temps : Qui paye ses dettes s’enrichit ! La conjoncture économique mondiale a permis à l’Algérie d’évoluer dans un historique cash-flow. Il appartient aux gouvernants et acteurs économiques de tirer avantage de cette situation. En tout cas, et au vu des esquisses tracées, la leçon semble être retenue pour que plus jamais un enfant algérien qui naît ne doive recevoir le ‘’baptême’’ d’une part de dette qui grève son existence comme le ‘’péché originel’’.

Amar Naït Messaoud

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