On élargit le lieu de culte… on rétrécit celui de la culture

Des travaux d’extension de la mosquée du chef-lieu de la commune de Saharidj sont lancés depuis quelques jours, une bâtisse qui grignote chaque année le peu de foncier existant, un foncier qui reste le handicap majeur de ce même chef-lieu et qui paralyse et empêche tout nouveau projet d’utilité publique. Malgré son extension en surélévation (R+ 1) son logement d’accompagnement doté d’une cour, ses douches et toilettes, son préau et sa propre cour, l’élargissement de cette mosquée ne semble pas devoir s’arrêter, malgré ses deux salles de prière, pendant que l’APC se démène depuis plus de cinq ans afin de trouver une petite place en guise de terrain d’assiette pour la réalisation d’une bibliothèque communale octroyée à la commune depuis des lustres. Cette bibliothèque risque de s’éterniser dans son état actuel de simple dossier qui finira aux oubliettes. « Le culte l’emporte face à la culture où va-t-on avec ce… remplissage sonore, visuel et virtuel ? La société kabyle est… transformée » à vue d’œil, une métamorphose effrayante, à la place des poètes on retrouve des charlatans, au lieu de consulter un médecin on préfère désormais une …rokia sur les places publique, au lieu d’entendre des débats, analyses et suggestions des projets d’avenir, comme il était de coutume jadis en Kabylie, aujourd’hui les conversations ne tournent qu’autour du Paradis et la façon d’y accéder…La génération des annés 70-80 dont la plupart sont bilingues ou francophones découvrent avec effarement qu’ils n’ont plus de place sur les lieux publics où la place de l’histoire ou de la littérature est… usurpée par tout ce qui a trait au religieux, c’est à peine si cette catégorie de citoyens est tolérés dans la mosquée. Au rythme où vont le choses, le moment du ressaisissement salvateur s’amenuise rapidement « Celui qui n’est pas comme nous n’est pas avec nous et qui n’est pas avec nous n’est pas intégré »…

Omar Soualah