Fetwa caduque et dérapage

l C’est lors de l’oraison funèbre d’un citoyen au chef-lieu de la commune de Saharidj au début de ce week-end qu’un imam s’est lancé dans une fetwa étrangère aux us et coutumes de Kabylie : une région en totalité sunnite du point de vue religieux. S’appuyant sur un hadith, cet imam a fustigé la nombreuse foule, ahurie, à propos de l’allure avec laquelle se déplaçait le cortège funèbre qu’il trouvait lent en réprouvant et en insistant sur le fait qu’à l’avenir la dépouille mortelle soit acheminée rapidement vers le cimetière. Par la suite, un courant de réprobation a secoué la foule. « Il (l’imam) se trompe de société », rétorqua un citoyen d’un certain âge présent sur les lieux. Et d’ajouter : « Une société où l’intégrisme religieux s’est cassé les dents en essuyant un échec total dans sa tentative d’endoctrinement et d’embrigadement y compris au sein de la classe juvénile pourtant abandonnée par les pouvoirs publics et livrée à elle-même ». Cette fetwa décrétée par le prophète (QSSL) au Hidjaz où la température oscille en permanence entre 40 et 50°C à l’ombre et où la décomposition du cadavre commence quelques heures seulement après sa mort, est vieille de plus de 14 siècles, soit à l’époque où il n’existait aucun moyen de conservation des dépouilles, une fetwa en contradiction avec le lieu et l’époque et enfin les coutumes de Kabylie, pour lesquelles tous les théologies s’accordent à dire que l’islam s’en accommode parfaitement et avec lesquelles la religion musulmane est en parfaite harmonie. Devant l’allure normale avec laquelle avance un cortège funèbre, la lenteur du climat solennel observé en pareille circonstances, quel est le vieillard ou la personne physiquement fragile qui peut maintenir le rythme d’une marche rapide sur les sentiers sinueux, et escarpés de Kabylie, où la majorité des cimetières sont difficiles d’accès, et sur une distance de plusieurs kilomètres ?

Omar Soualah