Plus de vingt années depuis qu’elle est promue en commune, Tifra n’arrive toujours pas à sortir de l’ornière du sous-développement.
Conséquence de cette situation économique ou plutôt de cette non-situation économique, un exode rural qui n’augure rien de bon pour l’avenir de la région. Entre émigration interne ou externe, ils sont des centaines à avoir quitté la commune pour s’installer dans les villes les plus proches : Sidi Aïch, El Kseur, Béjaïa… Ou à l’étranger, particulièrement en France. La comparaison entre les résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 1998 et celui de 2007 illustre parfaitement ce mouvement de la population. En 1998 le nombre d’habitants de la commune s’élève à 9435 alors qu’en 2007, il a diminué jusqu’à 7745. Si la situation ne connaîtra pas dans les mois à venir une évolution positive, il est à parier que cette tendance à l’exode rural va certainement continuer. Nous avons interrogé quelques-uns de ceux qui sont partis sur les raisons de leur émigration. « Je travaille à Bgayet comment voulez-vous que je vive ici ! », nous déclare Nordine, la trentaine bien entamée, qui a quitté son village depuis plus de cinq ans. « Je ne gagnais pas ma vie, je me voyais comme un fardeau pour ma famille, c’est pour cela que j’ai décidé de m’installer en France même clandestinement, mais je gagne bien ma vie et je vis bien ! », nous confia un autre jeune. Pour Djamel, ce sont plutôt les conditions de vie difficile dans son village qui l’ont fait fuir : « Quand on n’a pas régulièrement de l’eau dans son foyer, quand pour se déplacer, il vous faut faire une trotte d’un kilomètre pour arriver à l’arrêt le plus proche, quand pour chercher sa bouteille de butane il vous faut emprunter un âne ou une brouette, quand pour se soigner, il faut descendre au moins à Sidi Aïch, je ne vois pas comment voulez-vous que je reste vivre dans mon village. En m’installant en ville, je me suis rendu compte de tout le retard que nous accusons en matière de développement ! ». Quelles que soient les opinions avancées, elles sont toutes liées aux conditions de vie difficiles qu’affronte quotidiennement la population. Tifra est une commune rurale d’une superficie de 39 km2 présentant un relief géographique montagneux, elle se situe à quelque 70 kilomètres à l’ouest du chef-lieu de la wilaya de Béjaïa ; elle est limitée administrativement au nord par les commune Taourirt-Ighil et Adekar, au sud par la communes Tinebdar, à l’ouest par la commune Akfadou et à l’est par la commune d’Il Maten. Composée de 25 villages, la densité de population est 199 habitants pas km2. Avec son importante pluviométrie, plus de 900 mm selon les sources « negro et seiltzer » (ce qui a fait dire d’ailleurs à un ex-responsable que Tifra est l’une des régions les plus arrosées d’Algérie) la commune aurait pu développer une agriculture de montagne des plus compétitives mais aucun projet notable dans ce domaine n’a été engagé. On s’en souvient qu’à l’époque « bénie » du parti unique, des centaines d’arbres fruitiers ont été plantés partout gratuitement par la collectivité, il suffisait aux propriétaires des champs de les entretenir et des les arroser de temps en temps pour posséder un riche verger.
Malheureusement cette opération n’a pas connu un suivi rigoureux et le projet a connu un triste destin. Mais il existe encore aujourd’hui beaucoup de ces arbres qui ont vaillamment résisté aux incendies et au manque d’entretien. La commune selon beaucoup de ses enfants possèdent des atouts non négligeables qui restent non exploités : d’énormes potentialités agricoles rurales, 800 hectares de forêts, une station thermale des plus chaudes du pays, l’artisanat, notamment la vannerie et la poterie, un chemin de wilaya (N°13) reliant la commune, en quelques minutes à deux routes nationales 12 et 26… Autant d’atouts que tout le monde cite sans pour autant bénéficier d’une attention particulière de la part des responsables communaux.
L’essor économique de la commune et son développement durable dépend essentiellement de la bonne exploitation de ces atouts. Actuellement les ressources propres de la commune ne couvrent qu’un maigre pourcentage du budget. La commune ne vit que par les subventions de l’Etat. Les politiques approximatives en cours, depuis 1962, dans cette commune ont contribué à plonger cette région dans un sous-développement continu. La population attend, espère mais elle ne voit rien venir de véritablement sérieux, les projets entrepris ces dernières années à travers le territoire de la commune s’ils allègent un petit peu les souffrances des citoyens, ils ne changent presque aucunement la donne économique dans cette région. Seule une analyse lucide de la situation, une politique de développement plus judicieuse, des hommes convaincus et convaincants, peuvent donner à la commune un avenir prospère et redonner confiance à la population.
Boualem B.
