Un agriculteur de Tazmalt explique

Gérant de la ferme Tavlasat à Tazmalt dans la wilaya de Béjaïa, M. Moncef Hamimi, qui est aussi producteur de pommes de terre estime que cette légumineuse qui a enregistré, depuis un an, une envolée des cours astronomiques, passant brutalement de 20 DA à 70 DA et parfois davantage, pourrait caracoler pour longtemps encore dans la mercuriale. En tant que président de l’association agricole Tazeradjt dans la même commune, cet agriculteur expérimenté dont l’exploitation a obtenu plusieurs distinctions (médailles de bronze en 1894 sur l’huile d’olive et d’argent à l’exposition de Bruxelles en 1922) s’appuie sur des données techniques palpables et met en avant un ensemble de paramètres qui lui font dire que la flambée de ce tubercule, de plus en plus présent dans notre gastronomie, bénéficie de tous les ingrédients pour s’établir encore dans la durée. Pour étayer ses affirmations, il prend pour exemple sa plantation effectuée en saison vers la fin mars dernier. « J’ai cultivé sur 10 ha la chiftène, une variété canadienne de couleur rouge, en juillet, j’ai engrangé 2000 quintaux, soit un rendement moyen de 200 quintaux à l’hectare ». Le coût moyen d’un kilogramme de pomme de terre à la production, affirme-t-il, se situe entre 31 et 32 DA. Il énumère de manière méthodique toute une batterie de frais que requiert cette culture.

D’entrée de jeu, il évoque la cherté de semences qui se sont raréfiés depuis la crise de pomme de terre survenue l’été 2006, avant d’ajouter que par conséquent il a éprouvé une grande difficulté à les trouver à 85 DA. Ensuite, enchaîne-t-il, il y a les engrais pour enrichir les sols qui coûtent 3500 DA le quintal. L’opération d’ensemencement nécessite l’utilisation d’un tracteur, assortie d’une certaine main-d’œuvre et du mazout.

Dans la foulée, il cite les pesticides pour prévenir le mildiou et les frais d’énergie qui accompagnent l’irrigation. Et d’ajouter que le produit après d’autres frais consentis dans son arrachage est cédé entre 37 et 38 DA aux grossistes lesquels vont revendre la marchandise à d’autres intermédiaires d’où le prix de détail qui caracole entre 65 et 70 DA le kilogramme. M. Hamimi met aussi en avant des facteurs extérieurs qui ne sont pas liés au coût de cette légumineuse dont la consommation explose ces derniers temps.

« En 2004-2005, les producteurs de pomme de terre, qui ont vendu leur production à 10 DA et moins ont essuyé des pertes incommensurables », se plaint notre interlocuteur qui déplore que ces agriculteurs non dédommagés par l’Etat ont littéralement renoncé à cette filière pour s’occuper de cultures plus rentables. Et de souligner que les autorités du pays n’ont rien fait pour réguler le marché qui s’est davantage fragilisé l’été 2006 où on a enregistré une déficience flagrante au niveau de l’offre.

Enfin pour lui, l’importation, encouragée par la suppression de taxes douanières, n’a profité qu’aux importateurs et non aux agriculteurs encore moins aux consommateurs puisque, estiment-ils, le fait que les semences ne soient pas concernées par ces mesures, n’aura en rien changé la donne. Il estime au contraire que la situation a ouvert la voie à la spéculation tous azimuts et que la pérennité de la flambée illustre de fort belle manière que la marchandise ramenée de l’étranger n’a pas fait fléchir les prix qui demeurent aussi chers qu’au début de la crise qui met à mal le marché national depuis plus d’un an. Enfin, notre source propose une batterie de mesures pour venir à bout de cette crise persistante. Premièrement, insiste-t-il, il faut que le pays parvienne à produire en quantité et en qualité sa pomme de terre de multiplication et échapper à l’importation de semences coûteuses et malsaines entraînant fort souvent le ravage des récoltes par la terrible maladie du mildiou.

Deuxièmement, il faut que l’Etat encourage la création de coopératives qui auront pour mission de défendre les intérêts des paysans et de leur épargner tous les soucis liés à l’écoulement de leurs productions respectives. Troisièmement, il faut plancher sur une culture stable et de plus en plus étendue de cette légumineuse pour sortir définitivement cette filière maîtresse de la situation de précarité dans lequel on l’a jusque-là empêtré. Tout un programme.

Z. F.