«Je suis juste le fils qui a été communicatif avec son père»

La Dépêche de Kabylie : Abdellah At Ammar votre père n’était pas seulement un écrivain mais il a également sacrifié toute sa vie pour défendre sa patrie. Vous pouvez nous donner un résumé sur le travail qu’a mené votre père ?

Abdellah At Ammar : Premièrement, je remercie tout ceux qui sont présents à cet événement. En effet, c’est un livre-témoignage sur des évènements vécus directement par un homme qui s’était engagé dans le combat depuis 1938.

Il ne s’est jamais écarté de cette ligne jusqu’à l’Indépendance, il a essayé comme tout le monde de participer à la construction de ce pays et de jouer un rôle d’animation politique au sein de FLN, mais ça n’a duré que quelques mois, il s’était éloigné, il a fait de l’opposition armée avec le FFS, il savait que ça ne mènerait pas loin,donc il s’est retiré totalement, pour vivre à l’écart en refusant de s’intégrer dans le système, et la seule réponse qui lui a été adressée c’est de l’enfermer pendant huit mois jusqu’en 1965.

A sa sortie de prison, on est revenu vers lui pour lui proposer de rentrer dans les instances de l’époque, mais il a refusé catégoriquement, il a préféré se consacrer entièrement au métier de ses ancêtres qu’il a appris très jeune, c’est celui d’armurier, pendant 16 ans à Alger jusqu’en sa retraite en 1985, il s’est retiré en Kabylie, où il a vécu jusqu’à 2001. C’est le lieu de son enfance. C’est quelqu’un qui a été fidèle à son combat, qui a fait le sacrifice de lui-même, de sa famille, de ses biens. Il a connu la prison, la torture, il a connu la prison avant la Révolution, pendant et après la révolution.

En quoi l’ouvrage Iberdan N Tissas peut-il servir la mémoire collective algérienne ?

Ne peut pas prétendre être historien, celui qui ne l’est pas. Lui a tout simplement raconté des faits qui font partie de l’histoire commune de l’ensemble des Algériens. Ce genre d’ouvrage peut effectivement servir de matière aux historiens pour vérifier certains faits vécus avant, pendant et après l’Indépendance nationale.

Que signifie pour vous en tant que ‘fils’ l’ouvrage de votre défunt père ?

Je ne suis ni l’auteur ni celui qui l’a transcrit. Je suis tout simplement le fils qui a été très communicatif avec son père. Les évènements qu’il a transcrit étaient racontés plusieurs fois devant moi au point où j’avais l’impression d’avoir vécu quelques évènements et mon père est resté fidèle à ses convictions, jusqu’à sa mort. Donc ça était pour moi une leçon de conduite et de droiture.

Cette conférence que vous venez d’animer est-elle votre première ?

C’est la première fois qu’on me sollicite. Le livre est sorti il y a quelques mois.

C’est vrai que l’édition  » Le passage » et la distribution de livre ne fonctionnent pas convenablement; néanmoins, ils essayent de distribuer et de toucher le maximum de lecteurs. Je crois une occasion pareille est profitable pour faire connaître l’ouvrage et peut-être pousser d’autres à écrire notamment dans notre langue, comme il l’a fait s-taqvaylit qui est notre langue du quotidien.

Un dernier mot pour les lecteurs ?

Je pense qu’il y a le lecteur qui crée l’occasion et il y a l’occasion qui créé le lecteur. Aujourd’hui, que le livre est disponible et bien distribué on gagnera plus de lecteurs.

Maintenant, le lecteur se forme et devien plus exigeant. Malheureusement, en Algérie on écrit peu, même ceux qui maîtrise la langue n’écrivent pas souvent. Peut-être qu’on a un petit peu cette maladie congénitale. Même ceux qui sont instruits préfèrent l’oralité.

Propos recueillis par M. Y.